« Mon cœur a déménagé » – Michel Bussi

Lu en : Septembre 2024

Je ne lis plus forcément tous les Bussi qui sortent. Vous ne me jetterez pas la pierre, mais les sorties s’enchaînent à un rythme tel qu’il est impossible de s’intéresser à toutes. Pourtant, entendre l’auteur parler de ce livre et savoir qu’il était parrain de l’édition 2024 du salon Iris Noir Bruxelles, ça faisait quand même deux excellentes raisons de lire ce dernier-né ! J’imaginais déjà le puzzle narratif qui allait me laisser pantoise à la dernière page. Parce que c’est ça, la marque de fabrique de l’auteur : un twist final qui arrive comme une claque et qui cueille le lecteur avec force.

Sauf que, pour une fois, ça s’est passé différemment… Si l’on retrouve bien la narration à plusieurs voix, les temporalités éclatées et l’inévitable quête de vérité, le grand twist final m’a paru moins marquant. Pour la première fois, je n’ai pas eu droit à cette claque magistrale à laquelle il m’a habituée.
Car cette fois, c’est plutôt le portrait poignant d’une enfant blessée que nous offre l’auteur.

À l’âge de sept ans, la vie d’Ophélie bascule. Papa tue maman. Maman est morte, Papa est en prison. Ophélie, elle, se retrouve en foyer…

Dès lors, une obsession naît : la vengeance. Et elle grandit avec elle. Car pour Ophélie, aucun doute : il existe une autre vérité, une autre culpabilité. Celle de Vidame, un travailleur social qui était, à l’époque du drame, en charge de sa famille. Il est, pour Ophélie, le seul coupable de la mort de maman.

Toute la vie d’Ophélie, tous ses choix seront guidés par cette obsession.

Ce roman, c’est un hommage discret, mais puissant au monde des travailleurs sociaux. Ceux qu’on oublie, qu’on critique, qu’on juge, mais qui, dans l’ombre, tentent de réparer l’irréparable avec trop peu de moyens et bien trop de responsabilités sur les épaules. Comme Bénédicte, l’éducatrice d’Ophélie, humaine et aimante, qui en est l’incarnation lumineuse. À ses côtés, des ados cabossés, mais profondément attachants, comme Nina, la sœur de cœur qu’Ophélie rencontre au foyer, à la répartie cinglante et au cœur grand comme l’océan.

Et puis il y a le décor, ce retour dans les années 90, avec ses Walkman et ses débardeurs fluos, qui ajoute un brin de nostalgie douce-amère, surtout si, comme moi, vous étiez ado à cette époque (oui, je suis vieille, et alors ?)

Côté style, on retrouve l’écriture fluide de Bussi, toujours aussi accessible, toujours aussi précise. Peut-être un peu moins lyrique que ce que j’aime, mais toujours efficace.

Le roman assume son ton plus introspectif, plus romanesque que véritablement haletant. Ce n’est pas un thriller d’adrénaline, mais un récit de reconstruction, un voyage émotionnel à travers la colère, la quête chimérique de justice, la perte, et ce besoin vital de comprendre pour enfin se (re)construire.

« Mon cœur a déménagé » est un roman moins spectaculaire, mais plus humain. Il parlera sans doute davantage aux lecteurs fidèles de Bussi, capables de reconnaître l’évolution de sa plume vers quelque chose de plus mûr, de plus engagé, de plus intimiste.

Ce n’est pas celui que je recommanderais pour découvrir l’auteur. Mais c’est un roman qui mérite d’être lu pour ce qu’il dit des enfances volées, des adultes fracturés, et de ceux qui les aident à tenir.

Et pour finir, bravo à Michel Bussi qui reverse 10 % des droits au Secours populaire. Une belle manière d’aligner ses mots à ses valeurs.

39 réflexions sur “« Mon cœur a déménagé » – Michel Bussi

  1. Avatar de Céline C. Céline C.

    Merci Nath pour cette chronique sincère. J’ai lu un ou deux Bussi à ses débuts, j’ai bien aimé. Mais c’est vrai que je n’y suis pas revenue, trop d’autres sollicitations …

    Mais nan tu n’es pas vieille … 🙄. Tu verras quand tu auras mon âge 🤣

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  2. Avatar de laplumedelulu laplumedelulu

    J’ai arrêté avec cet auteur, depuis un moment déjà mais ta chronique est intéressante. De mon côté, en 90, ce n’était plus le Walkman, mais la maternité 🤣 donc tu n’es pas vieille du tout. Juste une ado recyclée, comme nous 😁 Merci à toi pour le partage 🙏 😘

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  3. Il y a longtemps que je n’ai plus lu cet auteur et je suis tentée par le côté humain de celui-ci mais comme d’autre part tu as été déçue, j’hésite.Si tu étais ado dans les années 90, alors tu es priée désormais de me vouvoyer et d’employer à mon égard moult formules de politesse parce que suis une ancêtre vis-à-vis de toi. 😂

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  4. Du peu que j’ai lu de l’auteur, je n’ai pas plus accroché à cela alors ce roman qui semble trancher avec ses autres écrits me tente pas mal, d’autant que je trouve intéressant et important de mettre en avant le monde difficile des travailleurs sociaux qui manquent tellement de moyens…

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