« J’aime votre peur » – Karine Giebel

Lu en : Janvier 2026

Dans ce recueil, Karine Giebel se décline en 14 nuances de noir.

Le talent de l’autrice (résolution 2026, j’arrête avec auteure, je passe à autrice !) pour tremper sa plume dans l’encre des émotions n’est plus à prouver. Je garde encore une trace presque traumatisante de ma lecture de sa duologie Et chaque fois mourir un peu.

Ça fait quelque temps déjà que j’ai repris la lecture régulière de recueils de nouvelles, surtout quand je peux en partager l’expérience (comme ce fut encore le cas ici) avec une partie de notre book club.

Mon tout premier bémol sur ce recueil concerne la couverture.
Je n’ai pas pour habitude de juger une couverture, et à la base, je la trouvais même plutôt jolie… jusqu’à ce que je comprenne qu’elle avait été créée par l’IA. Non, je ne suis pas de ces personnes rétrogrades qui pensent que les avancées technologiques sont forcément mauvaises, je suis même la première à me servir de « l’outil ». Cependant, lorsqu’il s’agit de créativité, je trouve franchement dommageable que la seule chose qui puisse réellement nous différencier de la machine, notre âme, notre créativité, lui soit justement confiée. Il y a tellement d’illustrateurs qui auraient pu faire un travail au moins aussi réussi ! J’admets que ce point précis m’a filé une vraie douche froide. Suffisamment pour que j’aie envie de l’évoquer ici.

Soit. Point suivant !

Karine Giebel, dans chacune des histoires qu’elle propose dans ce recueil, se place une fois de plus du côté de l’humain. D’un humain plein de failles, de cicatrices, et bien souvent d’une résilience extraordinaire. Elle gratte sous les couches de tout ce qui devrait faire honte à notre société : pauvreté, violences faites aux femmes, abus de pouvoir, dérives religieuses, cruauté. Tout un programme. Et, à chaque fois, les personnages qu’elle dépeint sont justes et touchants.

Mais parfois aussi, trop is te veel, comme on dit chez nous, et ce recueil en devient presque asphyxiant. Il vaut mieux morceler la lecture, l’alterner avec autre chose, faire des pauses. Et surtout, ne pas l’entamer si votre moral n’est pas complètement stable, au risque de vous retrouver dans le premier magasin de bricolage venu, rayon cordage… Vous voyez l’idée.

C’est donc une lecture éprouvante. Oui, j’aime la force qui se dégage de la plume de l’autrice, j’aime son exceptionnelle faculté de discernement, j’aime sa lucidité. Mais j’ai aussi ressenti, parfois très physiquement, la tristesse qui suinte de ses mots. Le recueil me semble d’ailleurs mal titré : de peur, il en est finalement assez peu question. Du mal, en revanche, il n’est question que de cela. Du mal absolu et universel : l’homme.

Une lecture que je recommande sous conditions, donc. Car ce qui fait la puissance de Karine Giebel est aussi ce qui fait sa dangerosité pour le lecteur : elle est si juste, si précise, si implacable… qu’elle finit par saper le moral. Et clairement, ce n’est pas toujours facile à encaisser !

32 réflexions sur “« J’aime votre peur » – Karine Giebel

  1. Une lecture ‘éprouvante oui c’est quasi toujours le cas avec Karine Giebel, on s’aa ttend à devoir sortir prendre l’air et se ramasser à la petite cuillère à la fin du roman.
    La couverture faite par l’IA est peut-être due à une raison économique? Si c’est le cas prépare-toi à des séances de râlages 😂
    Merci pour ta lecture nuancée, Nath 😉

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  2. J’aime beaucoup ton retour qui porte à sourire malgré tout, il faut une pointe d’humour pour supporter les écrits de Karine Giebel. Je n’avais pas vu la mention généré par l’IA à propos de la couverture, j’en fais l’éloge dans mon article (qui n’est pas encore paru mais qui restera tel quel, tant pis) car je l’ai trouvée très belle. Mais tu as raison, ça pourrait être le boulot de quelqu’un. Ce recueil est d’une intensité exceptionnelle, bien sûr je l’ai aimé comme chaque ouvrage de Karine Giebel, j’ai enchaîné les nouvelles en espérant à chaque fois que la suivante soit un peu plus positive, mais non… jamais. Alors oui, on risque d’être à ramasser à la petite cuillière à la fin de cette lecture!

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      1. Je ne savais pas pour la couverture mais quel dommage d’autant que vu le nom de l’autrice, la maison d’édition ne prenait pas g’un grand risque financier en publiant ce recueil.
        Je tenterai à l’occasion car j’ai tendance à trouver que l’autrice tombe dans la surenchère de drames mais avec le format nouvelles, et même si le côté plombant est présent, ça passera peut-être mieux…

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  3. Avatar de Céline C. Céline C.

    Ah quel dommage pour la couverture réalisée par une IA … d’autant que l’éditeur de Giebel a certainement les moyens de se payer un illustrateur. Ce qui me dérange/désole dans cet outil débilitant, c’est qu’il génère des quantités astronomiques de CO2 et utilise des quantités toutes aussi incroyables d’eau potable. Ce qui visiblement n’interroge personne. Donc, oui pour aider des médecins à repérer des cancers sur des radiographies, mais non pour une couverture d’un livre de Giebel ….

    Giebel dont j’aime les nouvelles, elles sont toujours excellentes

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