« Si les chats pouvaient parler » – Piergiorgio Pulixi

Lu en : Février 2026

Après le plaisir de la découverte de Marzio, son sale caractère, sa librairie spécialisée en polars et son cœur aussi rude qu’un marshmallow, j’ai décidé d’enchaîner sur la seconde aventure. Cette fois, Marzio le libraire est encore plus taciturne que d’habitude, au point que sa manière exécrable d’accueillir les clients commence sérieusement à menacer l’affaire, malgré toute l’énergie que met Patricia à rectifier le tir.

Lorsqu’une proposition providentielle arrive et que Marzio fait la fine bouche, Patricia finit par claquer la porte. Pour la récupérer, il ravale donc son ego et accepte ce fameux drôle de deal : participer quelques jours à la tournée promotionnelle d’un auteur à succès, Aristide Galazzeo, à bord d’un bateau de croisière. Marzio y vendrait, avec une facilité déconcertante, les livres de l’intéressé… mais (et c’est là que ça se corse) il devrait pour cela s’auto-censurer, puisqu’il juge les écrits médiocres et l’homme insupportable ! Cerise sur le pont supérieur : il doit embarquer avec lui les deux chats qui ont fait la renommée de la librairie, les biens nommés Miss Marple & Poirot, lesquels seront, une fois sur le bateau, dépositaires bien malgré eux d’un lourd secret !

Le lecteur est également plongé dans l’univers assez acide de l’édition. Rapidement, il apparaît que Galazzeo, poule aux œufs d’or de son éditeur, en a assez d’être traité comme une vache à lait doublée d’un imbécile. Et il compte bien rendre cette croisière inoubliable… mais certainement pas de la manière dont ses éditeurs et son épouse l’avaient imaginé.

Il y aura bien un meurtre, offert dès les premières pages, mais qui ne reviendra pas avant une bonne moitié du roman, puisque l’intrigue repart ensuite en arrière afin de poser correctement le décor et de proposer aux lecteurs une panoplie de personnages haut en couleur, dont on sait que l’un d’eux va mourir mais sans savoir lequel ! La partie « crime » est plus spectaculaire qu’effrayante. L’auteur déroule avec application tous les codes du parfait whodunit. L’enquête est presque secondaire, voire prévisible (hormis le dénouement), tant elle est, elle aussi, calquée sur les codes (assumés !) du genre.

Moins sombre que le premier opus, ce tome tire sa force du personnage tendrement insupportable de Marzio et des incessants rappels aux monuments du roman noir. Au-delà du caractère de Marzio, l’histoire de la librairie reflète d’ailleurs les vraies problématiques des libraires d’aujourd’hui : confrontés à l’instantanéité de certains services en ligne, à l’incessant besoin de diversification, et surtout à l’oppression des sirènes médiatiques et commerciales qui obligent à choisir entre convictions et survie. Il est aussi question de notre rapport aux livres, un thème qui continue de beaucoup me toucher. Autre aspect intéressant : l’analyse du monde de l’édition, certes moins rude que celle que nous proposait Jérémy Fel dans Malgré toute ma rage, mais pas franchement reluisante non plus. Du vécu ? On peut se poser la question…

Pour autant, une série ne peut pas tenir uniquement sur la sympathie que nous inspirent ses personnages. Si un tome trois devait se dessiner, j’aimerais qu’il s’annonce plus sombre, ou du moins porté par un crime plus complexe, laissant à ce deuxième volet un rôle de transition.

Vous me sentez, je suppose, complètement séduite par l’univers et les personnages, mais un peu plus mitigée sur la puissance de cette seconde intrigue, à laquelle j’ai largement préféré la première. Ceci dit… si là, maintenant, tout de suite, on me collait un tome trois entre les mains, j’y plongerais sans attendre, ni hésiter !
Parce que râler, c’est une chose, mais quitter Marzio, c’en est une autre. 😏

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