« Cathédrale Nord » – Arnaud Collette

Lu en : Janvier 2026

Cathédrale Nord s’inscrit d’emblée comme un polar très sombre. À Liège, des corps sont découverts crucifiés, le visage mutilé, mis en scène selon un rituel très précis. Dès les premières pages, le décor est posé, glaçant, et l’enquête confiée au commissaire Savigny s’annonce aussi poisseuse que complexe. Réseaux mafieux, pressions politiques, notables bien sous tous rapports et pistes qui s’entrecroisent composent un tableau où personne n’a vraiment les mains propres.

Pour un premier roman, le style est efficace et maîtrisé. L’écriture va à l’essentiel, sans fioritures inutiles, et surtout, elle s’ancre profondément dans la région liégeoise. Les clins d’œil locaux, disséminés tout au long du récit, apportent une vraie couleur au roman et renforcent son identité. On sent que le décor n’est pas un simple arrière-plan mais un élément à part entière de l’histoire.

Le roman n’élude pas non plus la dimension politique de son intrigue. L’auteur s’attaque frontalement aux extrêmes, et surtout à leurs représentants les plus bas de plafond. Le propos peut parfois sembler appuyé, voire légèrement caricatural. Mais à titre personnel, j’ai tendance à penser que défendre des idées aussi rétrogrades relève déjà, en soi, d’une forme de caricature de l’humanité. Dès lors, difficile d’en vouloir à l’auteur, bien au contraire !

L’enquête, en elle-même, reste assez classique dans sa construction. Rien de révolutionnaire dans la mécanique policière, mais une progression solide, lisible, et surtout une résolution qui, de mon côté, a su me surprendre. Et ça, dans un polar, ce n’est jamais anodin. L’auteur joue avec les pistes, embrouille juste ce qu’il faut, et mène son intrigue jusqu’au bout sans tricher.

Côté personnages, j’ai ressenti une petite frustration. J’aurais aimé m’y attacher davantage, creuser un peu plus leur psychologie. Cela dit, ils restent cohérents, crédibles, et fonctionnent bien en tant que groupe. D’ailleurs, difficile de ne pas se dire que Cathédrale Nord pourrait bien marquer le début d’une série. L’équipe est suffisamment solide et sympathique pour donner envie de la retrouver.

Couronné Prix du roman noir de la Foire du livre de Bruxelles 2026, le roman ne cherche pas à réinventer le genre, mais propose un polar noir efficace, bien construit, solidement ancré dans son territoire. Un prix qui récompense un premier roman maîtrisé, prometteur, et qui donne surtout envie de suivre la suite du parcours de son auteur.

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