« Personne sur cette terre » – Víctor del Árbol

Lu en : Avril 2026

Parfois, il faut une sorte d’alignement pour qu’un livre percute notre trajectoire. Dans le cas de Personne sur cette terre, il y a eu le thème de notre Book Club d’avril (qui était un auteur espagnol), la présence de Víctor del Árbol aux quais du polar en début de mois, la magnifique chronique d’Aude Bouquine sur ce roman et, pour terminer, un souvenir particulier lié à ma première rencontre avec l’auteur en 2017. C’était donc une rencontre écrite.

Personne sur cette terre est le premier tome d’une trilogie, nommée la trilogie du tueur à gages sans nom. Ce tueur à gages, il sera ponctuellement notre narrateur. Un homme froid aux yeux noirs et au regard lucide, qui apporte au récit cette touche de fatalité et, de manière plutôt surprenante, une humanité brute qui est à l’opposé de la férocité glaciale avec laquelle il exécute ses contrats. Un business comme un autre, un simple taf plutôt lucratif, où la conscience n’a normalement pas sa place.

Son regard, il le porte sur l’histoire de Julián Leal. Enfant, ce gamin issu d’un petit village a vu sa maison incendiée par des visages familiers. Lorsque, trente ans plus tard, il revient au village et que dans la foulée, un meurtre est découvert, Julián fait figure de coupable idéal. D’autant que, quelques semaines plus tôt, ce flic intègre et sans histoire a envoyé un homme à l’hôpital après un passage à tabac d’une violence inouïe. Certes, Julián s’est dénoncé, mais il reste mutique quant aux raisons qui l’ont poussé à un tel déferlement de violence. Parce que Personne sur cette terre est un roman qui parle de vengeance, mais aussi de résilience, et de toutes ces trajectoires cabossées et de la force qu’il faut pour ne pas sombrer.

Au milieu de tout cela, il y a Virginia, la coéquipière de Julián. Si elle a toujours eu beaucoup d’admiration pour son coéquipier, sa foi en lui se fissure pourtant. Et lorsque l’on lui assigne comme nouveau partenaire Soria, qui semble être un flic fort peu impliqué et surtout à la solde de la hiérarchie, notamment d’Heredia, qui réclame, sur un plateau, la tête de Julián, elle ne mesure pas immédiatement que, derrière son apparent flegme, se cache un flic foncièrement intègre.

Tous les personnages sont d’une puissance inouïe, et pour amplifier leur impact, Víctor del Árbol va tisser autour d’eux une toile narrative qui relève d’un travail d’orfèvrerie. De trafic de stupéfiants à implication de hautes instances, c’est plusieurs fils que le lecteur devra suivre, et pour en trouver l’origine, l’auteur nous ramènera plus d’une fois sur les traces du passé.

Ce qui est le plus marquant dans ce roman est sans nul doute cette frontière flottante entre victimes et bourreaux que l’auteur aime à déplacer, obligeant le lecteur à reconsidérer sans cesse la définition de moralité.

Pour l’avoir déjà lu, je connaissais les capacités de l’auteur à créer une atmosphère lourde, mélancolique, dans laquelle le récit nous enveloppe et nous asphyxie. Mais à l’époque, je n’étais pas encore capable de savourer cette mise en place insidieuse qui se fait sans précipitation. Aujourd’hui, prendre le temps d’installer des personnages, des intrigues et des émotions est exactement ce que j’attends d’un grand roman. Personne sur cette terre est un grand roman. J’en tourne la dernière page avec une pointe de nostalgie atténuée par cette idée que notre tueur à gages sans nom a encore des choses à nous dire…

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