« Les Guerriers de l’hiver » – Olivier Norek

Lu en : Septembre 2024

À moins de vivre dans une galaxie lointaine (très lointaine… oups, pardon, je m’égare !), vous n’avez pas pu passer à côté de cette sortie ! Débarqué sur les étagères de nos libraires fin août, ce roman était très attendu par bon nombre d’entre nous ! Les rumeurs disaient « c’est de la blanche ! » (entendez par là : ce n’est pas du polar !). Eu égard au décor de neige, oui, je confirme, on est en pleine déferlante blanche, là ! Pour autant, l’histoire est bel et bien sombre !

Certains connaissaient certainement ce morceau d’Histoire quand, en 1939, la Russie de Staline voulut s’emparer de la Finlande dans un conflit qu’il espérait expéditif. Moi, je n’en connaissais rien. En cela, l’auteur m’a apporté beaucoup.

Car oui, c’est un récit de guerre, que ce livre. De guerre et de manœuvres politiques. De crainte, de courage, de folie, d’espoir. Il y a un peu de tout cela dans ces lignes. Tout cela et même plus, car Olivier Norek, qui n’en est pas à son coup d’essai, manie la plume avec une aisance qui ne fait que s’accroître au fil de ses ouvrages, et avec une poésie qui, cette fois, touche au sublime. L’auteur nous raconte la guerre d’une poignée de valeureux qui ont dû abandonner leurs terres pour défendre leur jeune patrie contre un fou tyrannique et puissant. On découvre ainsi jusqu’où allait la fourberie de Staline, dont même les proches avaient peur, et cette terreur qu’il inspirait a finalement été à l’origine de sacrés revers, car personne n’osait lui conter la vérité du terrain ni contester la bêtise de certaines de ses décisions. Ne pas réfuter un ordre stupide, c’est mener vers une mort certaine un troupeau de soldats qui, pas plus que les finlandais, n’avaient choisi d’être là !

J’ai appris la propagande utilisée pour justifier l’injustifiable. Mais elle ne m’a pas surprise. Pire encore, elle reflète cruellement l’actualité de notre monde dans lequel, certes, on s’indigne encore, comme à l’époque, mais on laisse faire, encore, comme à l’époque. J’ai appris qu’une armée de cœurs purs pouvait soulever des montagnes, réveiller le Sisu, J’ai vu comme un humble soldat pouvait devenir une légende. Car, dans ce livre, l’auteur nous emmène faire la guerre aux côtés de Simo Häyhä, à qui son père avait si bien appris la chasse qu’il devint, par ces temps de guerre, le plus incroyable des snipers. Craint et surnommé « la mort blanche » par ses ennemis, il n’était pourtant qu’un fermier, jeté dans cette mêlée avec ses amis qui, pas plus que lui, ne trouvaient de sens à cette folie.

Tout provient de faits avérés, et l’auteur a mis tout son cœur et toute son âme dans la rédaction de ce livre, c’est indéniable. Les différentes sélections à de prestigieux prix le confirment.

Ce n’est pas ma petite perception qui entravera la route de ce roman, dont je reconnais à la fois la puissance et la qualité. J’ai appris énormément, j’ai vraiment aimé apprendre. J’ai apprécié l’excellence littéraire que frôle l’auteur, l’intensité des mots, la force de narration. Mais, et j’en suis la première navrée, je n’ai pas pu entrer en empathie avec les personnages. J’ai abordé le récit comme on entre dans un récit historique, factuel. Il m’a manqué ce supplément d’âme qui plonge le lecteur dans les pensées intimes de ses personnages, lorsque ceux-ci sont directement issus de l’imagination d’un écrivain. Ici, chaque personnage, chaque anecdote, comme le confirme l’auteur en fin d’ouvrage, est vrai. De l’authentique, pur et dur, qui fait que l’auteur, par souci de justesse, n’a pas pu nous plonger dans leur « moi » intérieur. J’ai noté une phrase qui représente ce que j’essaie d’expliquer (de justifier ?) afin de ne pas me faire vilipender : « Il ratait souvent ses cibles volontairement ou pas, personne n’était dans sa tête -,  » voilà, c’est ça, personne n’était dans sa tête, et en tant que lectrice, je n’y étais pas non plus. Voilà ce qui m’a manqué, parce que je marche à ça, moi. À l’émotion, aux ressentis.

Lorsque j’ai démarré mon blog, je me suis promis à moi-même la transparence. Ne pas avoir le même coup de cœur pour un livre que l’ensemble des lecteurs n’est pas une tare. Être à contre-courant non plus. Ce qui compte, c’est d’être honnête. Je vous le dois, mais plus encore, je me le dois à moi-même. Alors oui, ce livre a des qualités sincèrement indéniables, mais non, il ne m’a pas touchée…

38 réflexions sur “« Les Guerriers de l’hiver » – Olivier Norek

  1. tout ressenti est personnel, on peut intellectuellement voir que c’est un bon livre, être touché par la qualité l’écriture, moins par les personnages. C’est toujours étonnant, mais ta sincérité est respectable, comme le fait que tu as du respect pour le livre et le travail de Norek. Pour ma part c’est tout le contraire, j’ai été en empathie, touché par les personnages, j’ai frissonné avec eux, preuve que c’est vraiment personnel.

    Aimé par 1 personne

      1. Ah si, parfois c’est juste pas bon :-). Là tu expliques bien que ce n’est pas le cas et que c’est bien ton ressenti perso, tu as vu beaucoup d’autres qualités au livre? Sans doute que le côté non fictionnel a beaucoup joué, moi-même je suis étonné d’avoir été tant touché par une histoire totalement vraie alors que je n’en lis jamais

        Aimé par 1 personne

      2. Juste pas bon, oui, c’est vrai, mais quand je n’arrive pas à rattacher à moi le problème, je préfère me taire 😅. Parce que derrière, il y a toujours le travail d’un auteur.
        Par contre, et c’est le comble, j’ai été très touchée par la note de l’auteur à la fin et l’explication de l’écriture de ce roman… j’ai trouvé ça émouvant !

        Aimé par 1 personne

  2. Effectivement, difficile de passer à côté. 😉 Comme toi, je ne connaissais pas ce morceau d’histoire, et je pense qu’il y a beaucoup de conflits dont on ignore l’existence, en particulier quand ils ne touchent pas (de près ou de loin) le pays où l’on vit. Merci pour ta transparence, je suis d’accord avec toi, il n’y a rien de mal à ne pas avoir un coup de cœur pour un livre qui semble être adoré de tous, on peut aimer sans pour autant être transportée. Et un livre qui fait total unanimité, je ne pense pas que ça existe. Comme toi, je fonctionne souvent à l’émotion alors ta position se comprend totalement. 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Je suis très contente d’avoir lu ton avis sur ce roman, qui vu que je ne vis pas dans une lointaine galaxie était forcément déjà dans ma liste d’envies. 😁 Je compte le lire cet automne, mais j’espère vraiment m’attacher un peu aux protagonistes parce que comme toi, c’est assez important pour moi. C’est toujours dur d’aller à contre courant des autres avis, je ne sais pas bien pourquoi on a ce ressenti d’ailleurs, car après tout, c’est notre droit le plus strict.

    Récemment, j’ai vécu la même expérience, avec un roman qu’une majorité n’a pas aimé (euphémisme), j’ai d’ailleurs rarement vu d’avis aussi négatifs sur un livre. Eh bien, pour ma part, je l’ai vraiment beaucoup aimé et j’ai fait un petit retour d’avant chronique. J’ai aussi cette impression que quand tout le monde lit un même livre dans la même période, les avis ont tendance à converger, qu’on le veuille ou non. Et c’est aussi ce qui a dû se passer pour ce livre dont je te parle, mais dans l’autre sens…

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est une belle analyse ! Parfois, certains titres que j’attends avec impatience sont lus dans la foulée, mais si je vois trop d’avis, j’ai parfois peur de me lancer et d’être déçue. Ce pourquoi, par exemple, « Betty » est toujours dans ma PAL… on est forcément conditionné un peu par les retours qu’on lit, ce qui change notre dynamique de lecture, même inconsciemment !

      Aimé par 1 personne

  4. Je l’ai vu circuler un peu partout et moi, c’est ce que j’aime dans tes avis, c’est ta franchise. Tu dis les choses comme tu les ressens et ça, c’est super pour les lecteurs de tes chroniques dont je fais parti. Tu es donc mitigé sur ce nouveau roman d’Olivier Norek. J’essaierais de me faire ma propre opinion, mais ma PAL est archipleine. A voir si je tente l’expérience. Merci Nath 🙂

    Aimé par 1 personne

  5. Ping : Olivier Norek – Les Guerriers de l’hiver | Sin City

  6. Ping : Premières lignes #13 – Aïkà De Lire Délire

  7. Ping : Chronique - Les guerriers de l’hiver d’Olivier Norek - Le murmure des âmes livres

  8. Ping : Les Guerriers de l’Hiver #rl2024 |

  9. Ping : Premières lignes #13 – Aïkà bouquine.

Répondre à Miss Lagaffe Annuler la réponse.