« Cartel 1011 : Les bâtisseurs » – Mattias Köping

Lu en : Octobre 2024

Voilà un moment que l’on attendait le retour de Mattias Köping. Ceux qui ont goûté à ses écrits en redemandent, moi la première. Et pourtant, entrer dans ces lignes, c’est la certitude d’étouffer, d’enrager, de s’indigner. Parce qu’une fois de plus, l’auteur va poser des mots, crus, sur des maux qui gangrènent notre société. Il faut savoir que ce roman sert de fondation à ce qui sera une trilogie. On est donc face à plus de 600 pages très denses de mise en place, qui vont aborder un sacré panel de criminalité ! Si l’on retrouve les « classiques » trafics de drogues, d’êtres humains, d’animaux, les clinquantes escroqueries en col blanc, l’exploitation de la misère, on aborde aussi des thèmes moins connus, comme l’extraction illégale du sable. Avant de lire ces lignes, j’ignorais totalement que l’on pouvait piller du sable marin, en faire la base d’un business aussi juteux qu’illégal, mais surtout aux conséquences catastrophiques ! Catastrophiques pour les populations, pour les écosystèmes, sans oublier que ce sable de contrebande peut poser de sérieux dangers pour la résistance et la durabilité des structures en béton auxquelles il sert !

Large palette de crime, donc, que nous étale l’auteur, prenant naissance dans des endroits qui, sur carte postale, sont idylliques. Si l’intrigue s’enracine au Mexique, nous voyageons cependant beaucoup : en Colombie, au Maroc, mais aussi bien plus près, en Europe : Belgique, France, Hollande, Angleterre, Espagne, Italie… Nul n’est épargné par ce nouveau fléau, le Cartel 1011, venu tout droit de Cancún. Alors, ils ont le sens du spectacle, ceux-là ! Pour asseoir leur autorité, ils ont une manière bien à eux qui consiste à débusquer les éventuels opposants, à les découper en morceaux et à les réassembler en une sorte de puzzle 3D version Dali, puis à les annoter d’un tas de symboles qui plongent les policiers dans le désarroi le plus total, tout en n’oubliant pas de signer 1011 – diez once – mil once…

C’est un parti pris de l’auteur que de balancer du lourd, du monstrueux, sans l’économie du moindre détail, le plus odieux soit-il. Violence gratuite ? Certainement pas ! L’auteur tire une sonnette d’alarme qui résonne tristement dans l’actualité puisque, alors que j’étais plongée dans Cartel 1011 en vacances en France, j’ai entendu dans les médias qu’avait eu lieu une fusillade à Poitiers, que le ministre de l’intérieur parlait de « mexicanisation du pays ». Et j’ai tressailli d’horreur. Oui, l’auteur tabasse, à coup de torture, de viols, de dépendance, il cogne fort et met K.O. Mais c’est pour mieux nous réveiller. Et ce qui est le plus brutal dans cette histoire, c’est que, quelle que soit la forme de violence dont on parle, le point commun, c’est l’argent… Au nom de quoi des yeux se ferment, des villages se déciment, des enfants sont exploités, des corps sont martyrisés, la terre est dévastée… Après ces lignes, ma foi toute relative en l’espèce humaine ne s’est pas améliorée… Je me sens impuissante, parce qu’il y a tellement de combats à mener ! Par où commencer ?

Pour nous enfoncer plus profondément encore, l’auteur nous narre le calvaire de ces drogués à qui l’on fournit le produit le plus addictif possible, afin que le business soit le plus lucratif possible. On est tous bien conscients que la drogue, c’est mal, mais la déchéance qui en découle, décrite par l’auteur, fait office de sérieuse mise en garde !

A contrario, ce livre est aussi un cri de désespoir, comme ceux menés par ces journalistes, ces militants, tous ces David contre des Goliath sans scrupules qui sont politiciens ou multinationales, flics corrompus ou organisations criminelles. Il faut être furieusement déterminé pour oser se dresser devant des ennemis aussi puissants, pour souvent un résultat tragique. Pourtant, il en existe encore, de ces héros qui sacrifient leur vie, au propre comme au figuré, pour une cause qu’ils croient juste. Et ces personnages, ainsi que ces quelques quidams qui, d’un acte fou, bravent le danger, apportent cette petite once d’humanité et d’espoir au récit.

Qu’adviendra-t-il de ceux-là ? J’ai quand même de grosses craintes, mais une hâte évidente de les retrouver, même si, de l’aveu de l’auteur, aucune date n’est arrêtée pour la parution du second tome en cours d’écriture.

J’ai éraflé mon cœur contre les mots rugueux de Mattias, et telle une accro au crystal meth, j’en redemande… Mon seul regret ? Que les monstres de cette fiction n’aient rien à envier à ceux qui se cachent dans notre réalité !

Et si vous souhaitez entendre l’auteur nous parler de son livre dans « LaBoîte » de Frédéric Ernotte, c’est par ici…

31 réflexions sur “« Cartel 1011 : Les bâtisseurs » – Mattias Köping

    1. Merci 😊. C’est clair que si tu n’es pas à l’aise avec ça, c’est un risque… car vraiment, il n’épargne rien… mais je trouve vraiment plus que nécessaire de réveiller les consciences… même si, au vu de ce que le monde a appris hier, je suis fort pessimiste sur la capacité de l’être humain à apprendre de ses erreurs… 😔

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  1. Eh bien, six cents pages de crimes, faut être bien accrochée 😉 Je découvre avec ta chronique le pillage du sable, je n’aurais jamais pensé qu’un tel trafic existait. C’est fou ce que les hommes peuvent faire pour l’argent. Bravo pour cette chronique Nath, ça donne envie !

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  2. Avatar de philippedesterb599461a21 philippedesterb599461a21

    Je n’ai pas encore gouté aux écrits de cet auteur que je ne connais pas du tout. Je me demande si je ne vais pas me tourner vers le feel good car l’actualité de ces derniers jours (et semaines et mois voire plus) me minent !

    C’est fou ce que les hommes peuvent faire pour l’argent, dit Ludivine. Et encore, on ne sait pas tout !

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