« À couper le souffle » – Alexis Laipsker

Lu en : Avril 2025

Dix-sept heures. C’est le temps qu’il reste à vivre à Emma. Emma Venturi. La fille du Comissaire Venturi, plus connu sous le nom de Cow-Boy. Rien que ça, ça présage une lecture intense. Une course contre la montre qui se ressentira jusque dans notre manière de tourner frénétiquement les pages et d’envoyer promener sans ménagement toute personne qui tentera de nous en détourner. Oui, ma sociabilité frise le zéro pointé quand j’entame ce genre de récit.

Cow-Boy et Menthe-à-l’eau (Olivia Montalvert), c’est un duo improbable que j’adore. Flic bourru, mais diablement efficace, Cow-Boy s’exprime presque exclusivement en gueulant. Menthe-à-l’eau, elle, analyse la psychologie des criminels avec énormément de finesse, mais une conviction qui ne peut jamais atteindre les 100% tant espérés par Venturi.

Pour l’heure, un malade s’amuse à enfermer des gens vivants dans un espace réduit, les promettant à une morte certaine au terme d’un supplice si cruel qu’ils finissent par l’attendre plus que la redouter. C’est au Commandant Sarkissian que revient le privilège de se lancer sur les traces de ce taré qui a déjà fait plusieurs victimes. Le pire étant que le criminel prend un malin plaisir à informer police secours. Il livre les emplacements dans un timing millimétré, calculé pour générer une frustration vénéneuse chez les policiers : celle de ceux qui ont effleuré la vérité du doigt, mais trop tard ! Lorsque le nom de la nouvelle victime tombe, Sarkissian n’a aucun doute. Même mis sur la touche par sa hiérarchie, il est hautement improbable que Venturi s’asseye sagement en attendant qu’on lui ramène la dépouille de sa fille. Tout ce qu’il y a à tenter, il le tentera…

Et voilà cette double enquête, l’officielle et l’officieuse, qui démarre dans un tempo effréné, car chaque seconde compte. L’écriture de Laipsker pulse, on court littéralement au rythme de chapitres très courts et qui alternent les points de vue, y compris celui d’Emma, enfermée. Ce rythme de diable sied à cette course contre la montre à l’issue potentiellement fatale.

Venturi devra affronter deux cauchemars : celui d’arriver trop tard, et celui, plus intime, de lever le voile sur les parts d’ombre de sa propre fille. Sa quête l’amène à découvrir trop de choses qu’aucun père ne voudrait explorer, mettant à mal ses doux souvenirs de cette petite fille qu’il a bercée, consolée, élevée.

Moi qui aime particulièrement les répliques cinglantes de Venturi, rarement dénuées d’un humour de potache, force est de constater que, cette fois, il n’a évidemment pas le cœur à plaisanter. Pour autant, son tempérament borderline aura ici tout loisir de s’exprimer, plus tranchant que jamais, abandonnant la dérision pour une lucidité brutale ! Il n’a effectivement rien à perdre, et il distribuera quelques baffes sans le moindre état d’âme ! C’est furieusement jubilatoire pour le lecteur !

Quelques rebondissements placés méthodiquement permettent à l’histoire de ne jamais ralentir, si bien que le lecteur n’aura de répit qu’une fois la dernière page tournée… Et encore…

Évidemment que j’ai adoré. Des personnages attachants qui mélangent grandes gueules et réparties affûtées, une intrigue fiévreuse, un scénario parfaitement ficelé… Franchement, c’était taillé pour me plaire !

24 réflexions sur “« À couper le souffle » – Alexis Laipsker

  1. Avatar de laplumedelulu laplumedelulu

    Tout ce que j’aime, et en plus, si on a droit de filer des baffes 🤣. Alexis est un sacré manipulateur qui se joue du lecteur. Il est vraiment bluffant de talent. Merci à toi pour le partage ton avis ma Nath 🙏 😘

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  2. Rien de tel dans un polar que l’ humour punchy et quelques paires de baffes bien senties n’est-il pas, Nath ? 😂
    Mais trêve de violences, ce qui m’intéresse surtout c’est de savoir ce que ce brave homme inflige à ces femmes enfermées dans son réduit.😁
    Merci pour cette belle mise en bouche.

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  3. Oh, un criminel qui appelle la police pour donner des infos dans un timing bien trop serrée, voilà un plan machiavélique ! Mais c’est le genre de détail qui apporte de la tension supplémentaire, ça me botte. Merci Nath pour ce retour 😊

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