« Dans la Forêt du Croque-Mitaine » – Ivar Leon Menger

Lu en : Avril 2025

Imaginez un petit village perdu dans l’Odenwald, en bordure de la forêt de Katzenbrunn. Un lieu presque hors du temps, habité par une poignée de villageois tous plus bizarres les uns que les autres. Un endroit où la légende d’un croque-mitaine, responsable de la disparition de plusieurs enfants, plane comme un brouillard persistant. Et voilà que ce croque-mitaine, en sommeil depuis une décennie, vient de remettre le couvert.

Un soir de fête foraine, un nouveau garçon se volatilise et cet événement ramène Hans J. Stahl au village. Policier à la retraite, il est hanté par ces affaires de disparitions d’enfants que ses supérieurs n’ont jamais voulu considérer comme l’œuvre d’une même personne. Ses convictions en étendard, Hans compte bien retrouver le jeune disparu, et il n’hésitera pas à frapper à toutes les portes, même à celle, très fermée, de l’hôpital psychiatrique installé en bordure du village.

On traverse le roman en avançant aux côtés de plusieurs personnages, mais force est de constater que, hormis ce vieux flic un peu usé, tous les personnages paraissent plus ou moins suspects ! Il faut dire que ce bled, où la normalité semble avoir pris la tangente, abrite une belle collection de tordus. Entre les non-dits, les comportements louches, les regards en coin, on se demande très vite si tout le village ne serait pas juste une extension de l’HP voisin !

Au gré des chapitres, le lecteur est confronté au cauchemar de la petite victime et à la folie de son ravisseur, ainsi qu’à la folie des habitants qui sont parfois aussi inquiétants qu’absurdes. Dans ce récit, on peut donc logiquement soupçonner tout le monde…

Il faut savoir qu’il s’agissait d’une lecture commune partagée avec quelques lectrices du Club Belfond Noir (que je remercie d’ailleurs pour cette lecture !). De mon côté, mon cerveau, cerné par cette bande de personnages tordus, a carburé à plein régime pour déjouer les pièges tendus par l’auteur. Fidèle à moi-même, j’ai donc encore basculé dans ce constant besoin de tout analyser plutôt que de me laisser porter par les mots. Mais cette fois, j’ai entraîné avec moi mes camarades de lecture commune en leur livrant joyeusement et sans filtres toutes mes théories les plus foireuses… pas toujours si foireuses que ça ! J’ai donc passablement planté l’effet de surprise collectif ! Ça n’a cependant rien enlevé à mon plaisir de lecture, mais je m’en suis voulu d’avoir peut-être entaché le leur 🫣.

J’ai aimé cette ambiance décalée, à la fois étrange et burlesque, où chaque personnage est plus perché que son voisin, mais où l’on arrive quand même à s’attacher à certains d’entre eux. L’enquête, finalement, n’est presque qu’un prétexte : tout se joue dans les détails, les silences, les recoins d’un village qui semble vivre dans une dimension parallèle. Sur ce point, on peut dire que l’auteur a parfaitement maîtrisé ses effets !

Le roman est cadencé en deux temps, et l’auteur a pris le parti de ne pas attendre la fin pour révéler au lecteur l’identité du croque-mitaine, axant la deuxième partie du roman sur d’autres points d’accroche qui accentue encore l’envie de tourner les pages. À tel point que nous avons raccourci de quelques jours la durée de la lecture commune, trop pressées de voir comment finirait cette histoire.

Dans la forêt du croque-mitaine est un roman où l’atmosphère fait loi, où l’angoisse se mêle au décalé, une fable sombre dans laquelle l’auteur parvient immédiatement à nous plonger. Un voyage en forêt que j’ai beaucoup apprécié !

38 réflexions sur “« Dans la Forêt du Croque-Mitaine » – Ivar Leon Menger

  1. Rien que le titre aurait de quoi donner de bons frissons. 😁 Il y a un mélange que j’aime bien dans ce livre. Forêt, hôpital psychiatrique, fête foraine, ce sont des décors qui me bottent. Et tu m’as fait rire en demandant si le village ne serait une extension de l’hôpital 🤭 Tu m’as tentée, je le note ce roman, merci beaucoup Nath !

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