« Quand ils viendront » – René Manzor

Lu en : Septembre 2025

Peter a 11 ans. Officiellement, ses parents sont séparés depuis deux ans. Officiellement… parce qu’en réalité, son père, Morgan, vit caché, dans la crainte d’entraîner sa famille dans sa chute.

Un week-end sur deux, Peter disparaît avec lui dans un chalet perdu au milieu de nulle part. Là, fini l’enfance insouciante : Morgan lui impose un entraînement quasi militaire. Tir, combat rapproché, stratégie, maîtrise des nouvelles technologies… Tout est pensé pour préparer l’enfant à affronter une menace imminente.

Mais une menace dont Peter ignore absolument tout : qui sont ces mystérieux “ils” ? Pourquoi viendraient-ils ? Et que veulent-ils vraiment à sa famille ? Peter n’en a pas la moindre idée et ne sait pas où cet entraînement l’amènera. Il n’a pour boussole que la foi absolue qu’il place en son père.

Puis, un soir, le compte à rebours s’accélère : Morgan surgit en urgence, blessé, et entraîne Peter et sa mère, Emma, dans une fuite précipitée. Morgan leur demande d’abandonner tout : maison, repères, jusqu’à leur identité, pour rejoindre une ferme isolée en plein territoire amish, en Pennsylvanie. Une fuite que Morgan avait savamment préparée.

Sauf que rien ne se passe comme prévu ! Sur la route, un accident spectaculaire survient. Morgan meurt, mais son corps n’est pas retrouvé. Désormais, Peter et sa mère doivent composer seuls avec la peur, avec l’incertitude… et avec un deuil impossible à faire tant que le doute subsiste, surtout pour Peter.

Emma, elle, ne croit pas vraiment à ce danger invisible : elle voit surtout son fils sombrer dans une paranoïa alimentée par deux ans d’entraînement intensif. Mais Peter, lui, est persuadé qu’ils finiront par venir…

Bien sûr, Peter n’a pas été entraîné pour rien. On découvre alors que Morgan n’était pas un simple père parano, mais un ancien agent de la CIA, en possession de documents compromettants qui visaient directement l’administration Trump et certaines magouilles couvertes par l’agence.

Morgan avait menacé la CIA de rendre ces documents publics. Quels documents exactement ? Où les a-t-il cachés ? Ça, on n’en sait rien. Tout ce qu’on comprend, c’est que son fils Peter était son plan B.

Autant dire que ça ne plaît pas du tout à l’agence ! La CIA débarque dans la ferme isolée où vivent Peter et sa mère, avec leurs méthodes brutales, totalement hors procédure, et la mère comme le fils comprennent très vite qu’ils doivent fuir s’ils veulent survivre.

Commence alors une cavale digne d’Hollywood. René Manzor a la caméra dans le sang et dans la plume, et ça se sent ! Chaque scène claque comme une séquence de film d’action, le rythme ne faiblit jamais et ça part dans tous les sens… pour mon plus grand plaisir !

Alors oui, on peut hausser un sourcil devant ce garçon de onze ans capable d’exploits quasi surhumains. Mais ça fait clairement partie du jeu. Quand on entre dans ce type de récit, il faut accepter que la vraisemblance soit un tantinet bousculée au profit de l’intensité, à tel point que l’adrénaline prend parfois le dessus sur la crédibilité, mais ça marche ! J’ai plongé sans réserve !

Ce qui m’a frappée aussi, c’est la portée du roman : René Manzor aime l’Amérique, mais son regard d’aujourd’hui est inquiet. Et c’est ce regard qui nourrit en partie son récit. Je vous invite d’ailleurs à (re-)lire son interview en cinq émotions sur le blog d’Yvan pour bien comprendre ses motivations.

Avec « Quand ils viendront », l’auteur a utilisé la fiction pour mettre en lumière les dérives qu’il voit poindre : une Amérique qui se referme, qui flirte avec le fascisme, qui laisse s’installer la peur et les excès sécuritaires. Sous couvert de thriller, il dénonce un système où la surveillance et les manipulations de pouvoir peuvent broyer des individus, même une famille ordinaire.

C’est un roman qui naît d’une colère et d’une inquiétude réelles, mais que l’auteur transforme en une histoire accessible. Et ce mélange entre grand spectacle et critique politique, c’est ce qui donne au livre toute sa force !

Mais René Manzor ne joue pas seulement la carte de l’action dans son roman. Il y glisse aussi une bonne dose d’émotion. Ce qui m’a touchée, c’est la relation entre Peter et sa mère, Emma : deux êtres cabossés qui se battent autant pour survivre que pour se retrouver. Leur vraie force, c’est l’amour et la confiance qu’ils finissent par se redonner.

J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Patty, ancienne collègue de Morgan, qui vient épauler Emma et Peter. Elle insuffle une autre énergie, une vraie bouffée de solidarité. En arrière-plan, on sent aussi cet esprit patriotique américain : pas celui, dévoyé, des excès et des dérives, mais une version plus noble, presque disparue depuis l’ère Trump, que l’auteur choisit de remettre en lumière pour donner plus de profondeur au récit.

Les Amish, dans cette histoire, n’ont pas un rôle majeur, contrairement à ce que le résumé laisse présager, mais leur présence apporte une respiration particulière. Comme un contrepoint. Alors que Morgan mise tout sur la technologie, la préparation militaire, les armes et les stratégies numériques pour protéger son secret, les Amish incarnent au contraire la simplicité, la tradition et l’entraide. C’est un contraste saisissant : d’un côté, la fuite en avant technologique qui finit par déshumaniser ; de l’autre, une communauté qui trouve sa force dans le retour à l’essentiel. Et cette petite touche, presque en arrière-plan, rappelle que la sérénité peut parfois se trouver là où l’on s’y attend le moins. Oui, je suis philosophe, aujourd’hui…

Au final, René Manzor signe un thriller aussi haletant qu’un film d’action, mais avec une plume affûtée qui ne laisse rien au hasard. Derrière le spectacle, il y a de vraies questions qui font écho bien après la dernière page. Et moi, c’est exactement ce que j’aime : un roman qui me divertit… et qui continue de m’habiter.

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