« La Poussière des morts » – Cécile Cabanac

Lu en : Décembre 2025

Si vous aimez les livres qui démarrent directement en plongeant dans l’horreur, vous allez être servi !
Alors qu’il s’adonne à l’urbex en live pour ses réseaux sociaux, un jeune homme à l’affût du frisson et du buzz tombe sur l’impensable : dans un bâtiment abandonné, il découvre un homme amaigri à l’extrême, ligoté sur son lit, qu’il croit tout d’abord mort. Il ne l’est pas, ou du moins pas encore, car il décédera peu après. Évidemment, cette découverte, filmée en direct, déclenche une avalanche de commentaires d’une violence sidérante. Les charognards de tout poil sans une once de décence ne sont jamais loin… à vomir…

Premier chapitre, et déjà un aperçu glaçant de ce que La poussière des morts va explorer sans détour : les dérives humaines, dans ce qu’elles ont de plus malsain. En apéritif, le voyeurisme, la déshumanisation permise par l’écran, la complaisance obscène face à la souffrance d’autrui. Le corps devient un spectacle, la mort un contenu.

L’enquête est confiée au commandant Xavier Ducastaing, à son équipière la capitaine Nadia Vernois, et à une stagiaire de l’école de police, Sybille Kervasdoué, déstabilisante de sang froid ! Très vite, ils découvrent que le propriétaire des lieux est un ancien militaire aux convictions radicales et aux idées rigides. Et ce n’est que le début.

Car Cécile Cabanac ne se contente pas d’un seul monstre. Elle en déploie tout un éventail.
Le roman brasse large, vraiment très large. Les ramifications sont nombreuses, les trajectoires se croisent, se répondent, s’entrechoquent. Et pourtant, l’ensemble tient. Grâce à une construction chorale maîtrisée, l’autrice donne la parole à plusieurs personnages : Ce militaire convaincu de détenir une vérité supérieure. Un violeur. Une femme prête à toutes les manipulations pour atteindre son idéal de vie commune, d’amour absolu, quitte à basculer progressivement dans des excès inquiétants.
Des individus mus par des logiques tordues, des obsessions et des croyances déformées que l’auteure s’attache à présenter pour disséquer, presque méthodiquement, tout ce qui peut dysfonctionner dans un esprit humain avec une férocité dérangeante, implacable.

Cécile Cabanac ne fait pas dans la dentelle. Son écriture est directe, incisive, et elle plonge le lecteur dans le vif du sujet sans fioritures inutiles. Ce n’est pas une écriture envoûtante au sens poétique du terme, mais une écriture qui capture et qui ne lâche plus.

J’ai aussi beaucoup apprécié la manière dont sont traités les enquêteurs. Ducastaing, Vernois et Kervasdoué ne sont pas des archétypes de policiers hors-sol. Ils ont une vie, une famille, des contraintes, des doutes. Ils tentent de composer avec des enquêtes lourdes tout en restant présents pour leurs proches. Ce sont des flics profondément humains, et c’est sans doute ce qui permet au lecteur de s’y attacher, en contrepoint de personnages autrement plus glaçants.

La poussière des morts est le deuxième roman de Cécile Cabanac que je lis, après La Petite Ritournelle de l’Horreur, que j’avais déjà beaucoup aimé.

C’est un roman qui regarde les parts sombres de l’humain droit dans les yeux, sans chercher à les adoucir. Même si les thématiques abordées ne sont pas inédites dans le polar contemporain, leur traitement est solide et intelligent. Un polar de facture classique, donc, mais qui tabasse efficacement !

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