« Le Bâtiment » – Mehdi Bayad

Lu en : Janvier 2026

Le bâtiment. C’est le nom de ce complexe énigmatique qui se dresse au milieu d’une petite île au large des côtes belges, où notre narrateur s’est installé pour quelques jours de déconnexion. Sa vie semble un peu chaotique, en ce moment… et on le comprend vite. Car le narrateur ne s’adresse pas directement à nous, mais à son partenaire, à coups de messages vocaux. Il semblerait qu’avant son départ, une dispute ait éclaté. Un peu de distance était donc bienvenue, et une offre peut-être trop alléchante l’a conduit là où nous le rencontrons, sur une île qui n’a rien de paradisiaque, ni même d’accueillant. Tout juste offre-t-elle une promesse d’isolement !

Très rapidement, on comprend que l’île cache un bâtiment à la fonction floue, que les habitants se montrent particulièrement asociaux, et que chaque quidam croisé est plus étrange que le précédent. Pour nous orienter, une seule voix nous guide : celle du narrateur, qui semble expérimenter différentes façons de faire profiter son amoureux de ce séjour à distance. Par moments, ses digressions sont ponctuées d’échanges de messages avec “Meilleure Amie”, ou avec “Adolescente”, surnom donné à la seule villageoise qui semble s’intéresser à sa présence sur l’île.

Tout est étrange dans la narration, et rien n’est jamais totalement clair dans les explications. Ce flou permanent pousse le lecteur à s’interroger, à formuler des hypothèses, et peut-être même à comprendre. J’ai vu passer, dans plusieurs retours, l’évocation d’autres intrigues, d’un film en particulier. Si je comprends le parallèle, je vais toutefois m’abstenir de le nommer, car le savoir d’entrée de jeu pourrait orienter les soupçons que le lecteur est amené à nourrir au fil de sa lecture, au risque de gâcher la surprise, s’il devait vous en rester une en fin de livre…

J’ai trouvé la forme extrêmement originale et j’ai tourné les pages avec plaisir. Néanmoins, cette construction ne pouvait pas mener à trente-six issues possibles, et j’ai un peu regretté une conclusion finalement très prévisible. Cependant, une autre n’aurait pas fonctionné ! Je retiens donc avant tout une architecture narrative atypique et une écriture déroutante et audacieuse, qui font de ce premier roman une promesse. À défaut de m’avoir totalement convaincue, il me laisse entrevoir une plume en devenir, à suivre de près.

33 réflexions sur “« Le Bâtiment » – Mehdi Bayad

Répondre à Lilou Annuler la réponse.