« Cavillore » – Jérémie Claes

Lu en : Février 2026

Il n’a jamais fait bon être marginal, pas plus en Provence qu’ailleurs.
Si tant est que vivre autrement, venir d’ailleurs ou porter un handicap puisse relever de la marginalité !

En 1993, à Gourdon, les Camillieri se sont installés en retrait du village, à l’écart des regards, mais jamais totalement hors de leur portée. Une famille à part, avec à sa tête Ariane, une femme solaire et courageuse, qui porte ses convictions en étendard. En ville, on apprécie son sourire et sa chaleur humaine. Mais lorsqu’un cadavre est découvert devant l’auberge, déposé par une étrange créature, les regards changent. Les murmures s’installent. Et le “clan” Camillieri devient une cible idéale.
C’est à ce moment précis que Nico revient à Gourdon. Un retour aux sources nécessaire, chargé de souvenirs, pour ce jeune homme qui porte cet endroit en lui, avec une tendresse teintée de mélancolie.
À Gourdon comme ailleurs, le village vit au rythme de personnalités typiques, que les événements vont immanquablement perturber.

Avec douceur, lyrisme et une pointe de nostalgie, Jérémie Claes nous entraîne sur le plateau de Cavillore pour un roman doux-amer, où la nature et les animaux ne servent pas que de décor, mais prennent pleinement leur place. Ils observent, ressentent, accompagnent. Ils ont, eux aussi, quelque chose à nous dire.

Le mal rôde sur Cavillore. Une présence diffuse et insaisissable. Ariane le sent, le devine, et plus que quiconque, elle veut en comprendre la forme. Parce qu’elle le sait, au plus profond d’elle-même, sa famille n’y est pour rien.

Les fidèles de Jérémie Claes reconnaîtront Gourdon et les Camillieri, déjà croisés dans L’Horloger. Mais sachez qu’ici, tout est différent. L’auteur insiste lui-même sur cette mise en abyme que seule l’écriture permet. Les Camillieri de Cavillore doivent être dissociés de ceux de L’Horloger. Dissociés, certes, mais animés de la même ardeur, de la même bonté d’âme, de ce même besoin viscéral de liberté et de communion avec la nature.

Cavillore est un roman court qui, pourtant, ne se dévore pas. Et c’est précisément ce qui fait sa force. À l’heure où les page-turners ont la cote (je ne crache absolument pas dans la soupe, j’adore ça aussi), ce texte-là se savoure. Il demande qu’on ralentisse, qu’on accepte de lire avec langueur. Et franchement, ça fait un bien fou. Même pour la lectrice parfois un peu trop pressée que je suis.

Une fois encore, Jérémie Claes m’a épatée par sa qualité d’écriture, mêlant un art très sûr des mots à un humour finement distillé. Et je ne vais pas mentir, chaque lecture de l’auteur me renvoie au dictionnaire ! Loin de m’en « escagasser« , j’y prends même un plaisir certain ! Ce vocabulaire riche participe pleinement à l’immersion et à la singularité du roman.

Vous l’aurez compris, Cavillore m’a profondément touchée. Je ne peux que le conseiller à celles et ceux qui ont envie de prendre le temps, de se laisser porter par une sombre histoire lumineuse. Un oxymore, certes, mais qui, selon moi, lui va plutôt bien !
Pour ma part, j’ai refermé ce livre avec une question en tête, qui ne m’a pas quittée depuis : quelle est la part de Jérémie dans Nico ?
Mais, finalement, est-ce si important de le savoir ?

8 réflexions sur “« Cavillore » – Jérémie Claes

  1. Avatar de philippedesterb599461a21 philippedesterb599461a21

    Je ne lis pas ton billet, car je viens de recevoir le livre : une proposition de Babelio.

    J’ai vu que tu avais aimé, c’est déjà ça. J’ai aimé ses deux précédents.

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