« Dans la jungle » – Adeline Dieudonné

Lu en : Avril 2026

Un avis de Nath !

Avec Dans la jungle, Adeline Dieudonné frappe fort dès les premières pages. Le choix d’ouvrir son roman sur une scène formelle chez un notaire, face à des parents anéantis venus régler une succession, impose d’emblée une charge émotionnelle très intense. On comprend rapidement qu’il s’agit d’un drame familial, de ceux qui s’étalent en première page des faits divers. Le formalisme de l’instant entre en collision directe avec le chagrin et l’incompréhension de parents contraints non seulement de gérer une perte, mais aussi d’affronter l’horreur des actes.

Puis le récit remonte le fil. Avant d’être une victime, Aurélie était une jeune femme pleine de vie, issue d’un milieu aisé. Arnaud, lui, incarnait l’ambition et la réussite. Avant de tuer ses enfants. Avant de tuer sa femme. Avant de se donner la mort. Leur histoire commence presque comme une évidence… et pourtant, très vite, une dissonance s’installe. Quelque chose coince, subtilement, avant que l’engrenage ne se mette en place, de manière de plus en plus insidieuse.

Sur le papier, tous les éléments sont réunis pour captiver : une montée en tension progressive, une exploration de l’emprise et de cette mécanique psychologique sournoise qui se déploie lentement.

Pourtant, malgré un début particulièrement marquant, j’ai eu du mal à rester pleinement engagée dans le récit. En cause, notamment, une certaine distance avec Aurélie. La lectrice que je suis a peiné à entrer dans sa tête, à appréhender pleinement ses doutes, ses peurs, ou encore à suivre le cheminement de sa prise de conscience face au piège qui se refermait sur elle. Je l’ai découverte combative au départ, n’hésitant pas à tenir tête à Arnaud, puis profondément brisée à l’arrivée, sans que j’ai eu l’impression de réellement accompagner cette bascule.

Le roman aborde des thématiques fortes, notamment autour des violences invisibles. Si le contexte social a toute sa place, et si je suis la première à reconnaître que la violence se niche aussi bien dans un intérieur confortable que dans les affres de la précarité, j’ai toutefois ressenti une insistance qui, à la longue, tend à appuyer le propos de manière un peu trop marquée (politisée ?), là où il aurait peut-être gagné à rester plus universel.

De la même manière, certains détails m’ont semblé moins essentiels au déroulé du récit, ce qui a, à mes yeux, atténué l’impact global. Une forme de remplissage qui m’a semblé dénué d’intérêt.

Cela reste une lecture portée par une intention forte et un regard lucide sur des réalités complexes. Mais pour ma part, l’émotion du départ ne s’est pas maintenue passé le chapitre d’ouverture, même si l’une des scènes finales vient serrer la gorge et raviver, brièvement, cette intensité première.

Le thème de l’emprise a déjà été maintes fois exploré en littérature, et s’y confronter reste toujours un exercice délicat tant le risque de redite est réel, même si je suis convaincue de la nécessité de continuer à en parler. Mais c’est aussi un terrain sur lequel certains romans parviennent à se démarquer avec une vraie force narrative et une approche singulière. Je pense forcément à Délivrées de Delilah S. Dawson et à Emprises de Salvatore Minni, deux lectures qui m’ont profondément marquée. Deux romans qui abordent ce fléau avec une construction plus audacieuse, une immersion plus viscérale, et surtout une capacité à faire ressentir l’emprise de l’intérieur, sans jamais donner le sentiment que le propos prend le pas sur l’histoire.

Dans la jungle est sans doute un roman qui bouscule par son point de départ et ses intentions, mais pour ma part, la traversée n’a pas été à la hauteur de la promesse initiale…

2 réflexions sur “« Dans la jungle » – Adeline Dieudonné

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