Lu en : Mars 2026

Après une première incursion dans l’univers de Catherine Ryan Howard avec Le Courant d’air, dont la construction atypique m’avait particulièrement plu, j’ai eu envie de prolonger l’expérience avec 56 jours, curieuse de voir si l’autrice allait une nouvelle fois me surprendre sur le terrain de la narration.
Dès les premières pages, une évidence s’impose : si Catherine Ryan Howard change de mécanique, elle ne renonce pas pour autant à ce qui semble effectivement constituer sa signature, à savoir une construction pensée pour déstabiliser le lecteur.
Ici, tout repose sur une chronologie éclatée, qui alterne entre plusieurs temporalités : avant, pendant et après. Avant, c’est la rencontre entre un homme et une femme, une idylle naissante, mais puisque l’on n’est pas dans un roman d’amour, un vent de suspicion vient rapidement souffler sur cet amour en devenir. Pendant, c’est le confinement, qui précipite les amoureux vers une cohabitation dont on doute des motivations profondes. Après, c’est la découverte, par la police, du corps d’un homme dans un appartement. Trois temps, trois dynamiques, et surtout une recomposition progressive et déstructurée du récit qui oblige le lecteur à ajuster en permanence sa lecture des événements.
Le point de départ pourrait pourtant sembler presque banal : deux inconnus qui se rencontrent à Dublin, juste avant que le monde ne se referme sur lui-même à cause du Covid, et qui décident, par facilité autant que par envie, de vivre ensemble durant le confinement. Une situation que beaucoup ont connue ou imaginée, mais qui devient ici le terrain d’une tension psychologique particulièrement efficace, d’autant que le lecteur n’a jamais vraiment la certitude que cet amour soit sincère et assumé !
Car très vite, ce qui pourrait ressembler à une histoire de proximité forcée se transforme en huis clos trouble, dans lequel l’intimité devient à la fois un refuge et un piège. Le confinement agit comme un accélérateur de relation, mais aussi comme un révélateur, faisant émerger ce que chacun choisit de montrer, mais surtout de cacher.
C’est là que le roman déploie toute sa finesse, en explorant la question de l’identité et du mensonge, non pas de manière spectaculaire, mais plutôt de façon insidieuse. Qui est vraiment qui ? Que choisit-on de dire de soi lorsque l’on rencontre quelqu’un dans un contexte aussi particulier ? Et surtout, à quel moment commence-t-on à croire soi-même à la version que l’on raconte, ou à celle que l’on nous propose ?
Comme dans Le Courant d’air, Catherine Ryan Howard joue avec la perception. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de confronter des versions d’un même passé, mais plutôt de montrer à quel point, dans une relation naissante, on peut se laisser aller à projeter, à interpréter, à combler les vides avec ce que l’on espère voir. Le danger ne vient pas seulement de ce qui est tu, mais aussi de ce que l’on refuse de questionner, par aveuglement réel ou par pure faiblesse.
Le roman installe ainsi une tension très particulière, qui ne repose pas sur l’action, mais sur une forme de malaise progressif. Quelque chose ne va pas, on le sent d’emblée, sans jamais pouvoir identifier clairement quoi.
La construction en puzzle renforce encore cette sensation, puisque chaque élément apporté vient reconfigurer l’ensemble, donnant au lecteur l’impression d’avancer tout en remettant constamment en cause ce qu’il pensait avoir compris.
Mais au-delà du mécanisme narratif, 56 jours propose également une lecture plus intime, presque plus humaine, en filigrane : celle de deux solitudes qui se rencontrent dans un moment suspendu, alors que le monde est mis à l’arrêt, et qui cherchent, chacune à leur manière, à créer du lien, quitte à en redéfinir les contours.
La tension naît ainsi non pas d’un danger extérieur, mais du cœur même de la relation, et pas de la manière classique que l’on pourrait s’imaginer !
Avec 56 jours, Catherine Ryan Howard confirme son goût pour les structures narratives singulières et les thrillers psychologiques qui privilégient l’observation à l’action.
Un roman maîtrisé, même si je lui ai préféré Le Courant d’air. La dimension amoureuse de 56 jours, trop présente à mon goût, n’est pas étrangère à cette préférence, quand bien même je reconnais que c’est précisément d’elle que naît le suspense.
On peut également noter qu’une adaptation en série de 56 jours est disponible sur Prime Video, mais je n’y ai clairement pas adhéré, pour un tas de raisons, notamment le manque de finesse des personnages principaux, qui constitue pourtant l’un des atouts majeurs du roman.
Je ne suis plus avec toutes ces tentations 😍, ma whislist sort les crocs à chaque nouvelle notification 😂 1) Déjà lire le premier de l’autrice. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
J’aimeAimé par 1 personne
Oups, mais oui, tente déjà le premier d’autant qu’il existe en poche 😊
J’aimeAimé par 1 personne
J’avais bien repéré la sortie en poche 😊. Merci beaucoup tes conseils 🙏 😘
J’aimeAimé par 1 personne