Lu en : Mai 2026
Un avis de Nath !

Imaginez un écrivain célèbre, Arthur Fletch, créateur d’un héros que tout le monde adore. Chaque nouvelle sortie est un événement, autant pour les lecteurs avides que pour le tiroir-caisse de sa maison d’édition ! Imaginez maintenant que ce trèèèèès célèbre auteur accumule les caprices de star, au point de livrer son manuscrit avec un retard monstrueux… alors qu’il est pourtant presque terminé. Presque.
Imaginez enfin que cette diva de la littérature ait le très mauvais goût de mourir. Mourir ! Non mais franchement, vous y croyez, vous ?!? Sans avoir terminé son histoire ?
La bonne nouvelle, c’est que, pour l’instant, seule son agent et son éditrice sont au courant. Et comme toute bonne éditrice confrontée à une catastrophe financière imminente, celle-ci a une idée lumineuse : réunir quelques auteurs prometteurs coincés dans la fameuse “midlist” (ce purgatoire éditorial où l’on vend suffisamment pour ne pas être viré, mais jamais assez pour être invité sur les plateaux télé) afin de les mettre en compétition.
Quelques accords de confidentialité plus tard, voilà nos écrivains embarqués pour une mise au vert forcée sur l’île énigmatique ayant appartenu à feu le grand Arthur Fletch. Sans téléphone, sans contact extérieur, ils disposent de 72 heures pour écrire la fin parfaite au dernier roman du maître. À la clé : un contrat en or et un chèque capable de les faire enfin sortir de l’ombre.
Oui, forcément, imaginer tout cela… ne peut mener qu’à une histoire qui finit mal…
Nous allons donc suivre six auteurs aux styles et aux ego radicalement différents, ballotés entre ambition, jalousie et syndrome de l’imposteur. Tous veulent offrir LA meilleure fin possible à l’ultime ouvrage de Fletch. Problème : ils commencent soudain à tomber comme des mouches. Difficile d’écrire un chef-d’œuvre quand il devient évident qu’on ne peut faire confiance à personne…
À mi-chemin entre cosy mystery et slasher qui gicle, Une histoire qui finit mal s’amuse à égratigner avec un cynisme réjouissant les coulisses du monde de l’édition. Evelyne Clark (ou plutôt V. E. Schwab et Cat Clarke qui se cachent derrière ce pseudo) en profite pour remettre quelques pendules à l’heure sur les querelles de chapelles littéraires, les auteurs bankables, les snobismes de genre et la précarité discrète de ceux qui écrivent « correctement » sans jamais exploser les ventes.
Certes, ce n’est sans doute pas le livre de l’année, mais j’ai passé un très bon moment de lecture à suivre cette galerie de personnages volontairement caricaturaux, empêtrés dans une situation rocambolesque qui prête finalement davantage à rire qu’à trembler. Un roman mordant et délicieusement absurde, qui assume pleinement son côté grand jeu de massacre littéraire.