« Ma sœur Barbara, tuée deux fois » – Nathalie Weinber

Lu en : Avril 2026

Un avis de Nath !

Dans Ma sœur Barbara, tuée deux fois, l’autrice, Nathalie Weinber, revient sur l’assassinat de sa sœur Barbara (enfin, techniquement demi-sœur, mais étant moi-même mère de « demi- » frère et sœur, je n’aime pas non plus cette appellation).

Barbara Van Oordt a été étranglée puis égorgée en 2001 par son ex-conjoint. La police a mené l’enquête, identifié le coupable puis l’a traîné en justice. Jusque-là, tout est normal… Sauf que l’auteur des faits est ressorti libre du tribunal après le verdict rendu par un jury populaire !

Plus de vingt ans plus tard, Nathalie décide de prendre la plume et de nous expliquer l’inexplicable, car aujourd’hui encore, en Belgique, des crimes sont jugés devant un jury de citoyens tirés au sort. Si les choses se sont un tout petit peu améliorées, ce constat est pourtant toujours d’actualité. Comment un citoyen, sans formation, sans la moindre prise en considération de son état d’esprit ou de son histoire personnelle, peut-il être amené à porter la responsabilité d’une condamnation ou d’une libération ? À travers son exemple, dans lequel un acquittement a été prononcé pour une raison hallucinante (à découvrir dans le livre), Nathalie Weinber nous pose la question…

J’ai lu ce livre en LC avec mes habituelles comparses, Isabelle et Aude. Sandra s’est également jointe à nous pour l’occasion. Toutes les trois ont été unanimes. Mon avis est radicalement opposé…

Autopsie d’un ressenti…

Les premiers chapitres relatent la découverte du corps et les premières constatations policières. Froidement. Comme un article de journal.

Je suis actuellement dans une période professionnelle compliquée, et mon travail est considérablement alourdi par les inepties administratives et politiques. Avançant en âge, j’ai de plus en plus de mal à fermer ma… enfin, à me taire, quoi… 😏 Les enjeux du domaine dans lequel je bosse ne sont pas judiciaires, mais ils me semblent tout aussi cruciaux à leur échelle. À longueur de journée, j’ai le sentiment d’entendre des discours rassurants qui masquent mal la réalité, de voir des décisions prises à contre-courant du bon sens et de constater que l’on préfère souvent l’illusion du confort immédiat à la prise en compte des conséquences à long terme. J’ai parfois l’impression d’être une Cassandre que personne n’écoute, témoin impuissant d’un désastre annoncé que l’on préfère nier plutôt que d’affronter.

Dès lors, j’étais à peu près certaine que lire ce livre allait une fois de plus déclencher mon indignation et me donner envie de hurler. Je n’ai jamais supporté l’injustice… Ma dernière lecture en date qui évoquait des erreurs judiciaires (« Les enfermés » – John Grisham & Jim McCloskey) m’avait complètement chamboulée.

Pourtant, cette fois, les lignes passaient, les pages défilaient mais l’encéphalogramme de mes émotions restait désespérément plat.

Non que je n’aie pas ressenti d’empathie pour cette famille qu’on finit enfin par rencontrer quelques chapitres plus tard. Non que je ne me sois pas indignée de savoir un meurtrier libre à cause d’une faille manifeste de notre système judiciaire. Là n’est pas le propos.

Mais je suis restée tenue à distance par la plume de l’autrice. Choix assumé ou obligé, je n’ai pas la réponse. Un exemple : certains protagonistes (dont les deux plus importants à l’origine de cet enfer) sont nommés par une initiale. D. a dit ceci, G. a fait cela. Cela a rendu ma lecture laborieuse, d’autant qu’une simple recherche sur internet de moins de trente secondes m’a permis de pouvoir nommément identifier ces personnes. S’il s’agissait là d’une protection juridique, je m’interroge sur la possibilité qu’il y aurait eu de simplement utiliser un nom d’emprunt…

Parallèlement, l’autrice ne semble pas en colère. Elle porte un regard lucide et posé sur un drame qui a pourtant bouleversé sa vie, en sachant que personne ne paiera pour cela. Cette femme a dû avoir une sacrée force de caractère pour arriver à dépasser la haine et la colère. Et si je l’admire pour cela, mon moral actuel aurait trouvé plus de résonance dans une rage sourde qui est totalement absente de ces lignes.

C’est ce qui a plu à mes comparses de lecture, alors que moi, c’est ce qui m’a laissée au bord du chemin. Elles ont raison, hurler sa rage aurait clairement desservi la cause, mais moi, en ce moment, j’en suis encore à vouloir tout envoyer paître avec fracas. Je suis dans l’œil du cyclone, là où la colère m’aveugle, pas encore dans l’après-tempête, et encore moins au temps d’une réflexion mature et constructive.

D’autre part, il existe toujours un problème à critiquer la forme d’un livre quand le fond est d’une telle puissance et d’une telle importance. Je devrais presque le chuchoter, parce que ce n’est pas de bon ton de le dire, pourtant c’est mon ressenti : Nathalie Weinber n’est pas écrivaine, mais elle a pris la plume pour partager son histoire. Et moi, qui aime les écritures soignées, je n’ai tout simplement pas trouvé non plus mon compte dans une qualité narrative que j’ai personnellement trouvée sans saveur particulière. Certes, c’est assez dur, mais ce n’est que mon ressenti personnel, à mille lieues de celui de mes compagnes de LC.

Je crois toujours aussi sincèrement qu’une lecture est une rencontre conditionnée par un tas de facteurs externes, et je suis simplement consciente (et triste !) d’avoir choisi le plus mauvais moment pour partir à la rencontre de Nathalie et Barbara.

Malgré cela, j’aimerais honorer la mémoire de Barbara, tuée symboliquement deux fois, et lui offrir ici une forme d’éternité dans nos mémoires de lecteurs.

Pour conclure, j’aimerais vous laisser avec cette réflexion tirée du livre, qui fait profondément écho à ma propre vision des choses. Moi qui ai longtemps vécu sous la bannière du « carpe diem » et qui me retrouve aujourd’hui davantage dans le « memento mori ».

« (…) Qui a dit : « Le bonheur, c’est l’absence de malheur » ?

Nous n’avons cependant pas la conscience de cette possibilité de l’adversité quand tout va bien, et l’importance donnée à des événements sans réel intérêt occupe une telle place parfois. Alors qu’il faudrait juste savourer ces moments de sérénité, vivre le cœur léger. C’est lorsque survient un drame irréversible que l’on mesure combien c’était bien avant, et qu’on n’appréciait pas son existence à sa juste valeur. »

Une réflexion sur “« Ma sœur Barbara, tuée deux fois » – Nathalie Weinber

  1. Elle est désignée comme autrice, sur le net, alors que c’est son premier livre. On ne s’improvise pas écrivain, même si l’histoire est importante.
    Il semble qu’elle a créé une mobilisation citoyenne et politique pour faire changer la loi en Belgique suite au procès. Ce féminicide a eu lieu en 2001, semble-t-il. Elle a certainement voulu ressusciter sa personnalité et reprendre un combat qui lui tient à cœur.
    Toujours terrible et insupportable. Cette femme semble avoir muselé sa rage et du coup, son objectif n’est pas atteint. En tout cas, merci d’en parler !

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