Lu en : Mai 2026
Un avis de Nath !

Serge Vaxelaire est un homme fade et fainéant, qui « preste » plus qu’il ne travaille, ce qui, à Shanghai, ne pardonne pas. Licencié, il ne lui reste plus qu’à rentrer en France avec sa femme fade et sa petite fille. Comme son mariage est, lui aussi, d’une prévisible et désesérante fadeur, il ne s’attend évidemment pas à ce que ce déménagement contrarie autant son épouse !
Mais ce qui la rend folle de rage, c’est qu’en dehors de son train-train quotidien, elle s’épanouissait dans une relation extraconjugale… Seulement voilà, le retour en France est inéluctable.
Alors… alors… Eh bien, si le fade Serge Vaxelaire tentait un truc fou avant de partir ? Un coup de maître dont il serait le seul à connaître l’existence et qui pourrait enfin l’aider à ne plus se sentir aussi raté ?
Non, Serge Vaxelaire ne va pas tenter de sauver sa place, de réaliser un exploit ou de changer sa vie. Son idée est bien plus étrange : commettre le crime parfait juste avant de s’envoler pour la France…
Quelques années plus tard, à Beaussanges, où la famille Vaxelaire vit désormais, une jeune fille est retrouvée assassinée. Il revient au capitaine Barthélémy d’enquêter, lui qui se bat déjà contre un cancer agressif et incurable.
Mais dans l’ombre, Serge cherche lui aussi à découvrir la vérité. Car le cadavre d’Ashley a été mis en scène d’une manière qu’il ne connaît que trop bien… Quelqu’un semble connaître son petit secret ! Au centre de l’histoire, un groupe d’adolescents et leurs parents bien sous tous rapports, sauf quand on gratte un peu ! Ce qui est bien souvent la spécialité de ces petites villes où tout le monde connaît tout le monde plus ou moins… intimement ! Chacun a à cœur d’aider l’enquête (ou plutôt de diriger les soupçons vers quelqu’un d’autres !).
Ce n’est un secret pour personne : je suis très attachée à la plume de Victor Guilbert.
Une fois de plus, au-delà de ses personnages, il crée une atmosphère atypique. Cette fois, il nous plonge en pleine canicule, dans une ambiance moite et lourde où prospèrent des colonies de ouaouarons, ces grenouilles particulièrement bruyantes et envahissantes.
Ça suinte l’humidité entre les lignes ligne et on reconnait immédiatement la voix de l’auteur. Grace à ça, mais aussi à sa capacité à créer des personnages hauts en couleur, un brin loufoques et caricaturaux mais à la psychologie millimétrée.
Comme souvent avec Victor Guilbert, je suis bien en peine lorsqu’il s’agit de décrire précisément mes émotions de lecture. Pourtant, je retrouve systématiquement ce mélange d’humour, d’impertinence et de mélancolie qui constitue sa signature. Et, à chaque fois, je suis admirative. Même lorsqu’il s’empare d’une histoire de meurtre et d’une enquête policière, Victor Guilbert parvient à en faire quelque chose de singulier. Sur une scène du polar francophone qui tourne parfois un peu en rond, sa plume apporte une fraîcheur particulièrement bienvenue.
C’est toujours un plaisir pour moi de la retrouver, et je tiens cette fois à remercier les éditions Flammarion pour cette proposition de lecture que j’ai accueillie avec beaucoup d’enthousiasme !