Lu en : Juin 2026
Un avis de Nath !

Roman Carruthers est un homme d’affaires brillant. Passé maître dans l’art de faire fructifier l’argent des autres, il affiche sa réussite avec une apparente confiance en lui, mais en privé, c’est un homme tourmenté par la disparition toujours inexpliquée de sa mère, lorsqu’il avait 16 ans. Là d’où il vient, Jefferson Run, il ne fait aucun doute pour les habitants que son père, qui dirige un crématorium, a tout bonnement décidé de la mettre au four après avoir découvert son infidélité ! Ce n’est pas ce que pense Roman. Pour autant, il préfère se tenir loin de sa famille. Et de Jefferson Run.
Mais lorsqu’il reçoit un appel de Neveah, sa sœur, qui lui apprend le terrible accident dont leur père a été victime, il lâche tout pour retrouver les siens.
Sauf qu’à son arrivée, il comprend rapidement que son père n’a pas juste été la malheureuse victime d’un accident de voiture. Son frère, Dante, s’est fichu dans une merde intersidérale et son père a été le premier à en faire les frais. Et tandis que Neveah tente de gérer l’hospitalisation, les addictions de Dante et le business familial, Roman, lui, décide de porter secours à son frère en négociant avec les truands qui lui en veulent.
Dante a déconné avec les mauvaises personnes, un gang ultraviolent de Jefferson Run. Soit il rembourse, soit sa famille et lui finissent six pieds sous terre, et les messages passent à coup de petits doigts tranchés et de dents qui sautent.
Roman peut faire fructifier l’argent. C’est son talent, même pas caché. Et sa famille dispose d’un grand four, ce qui est, pour des malfrats, un argument des plus utiles.
Pour sortir son frère des griffes du Black Baron Boys (BBB pour les intimes), le gang que Dante a énervé en n’honorant pas une dette de plusieurs centaines de milliers de dollars, Roman va utiliser sa ruse, son intelligence, mais surtout cette astuce vieille comme le monde : diviser pour mieux régner…
Roman plonge alors jusqu’au cou dans un monde d’une violence inouïe, persuadé d’agir pour sauver son frère.
« Le feu détruit tout. »
Cette phrase revient comme un leitmotiv tout au long du roman pour interroger nos perceptions de lecteurs.
Pour la famille Carruthers, le feu est à la fois le salut et la perte. Il détruit tout, en effet, tant les traces que les liens. Et gare à quiconque pense pouvoir le maîtriser. Derrière cette lutte de pouvoir, il devient le symbole de la destruction, mais aussi de la purification et, peut-être, d’une forme de renaissance.
Pourtant, le véritable danger n’est pas seulement la violence, mais bien la capacité à s’y habituer.
Cosby dépeint avec beaucoup de justesse des personnages qui pensent pouvoir échapper à leur milieu. Roman a fui Jefferson Run et il a réussi. Quand il y revient, comme un grand frère responsable, comme un fils aimant, comme le protecteur de la famille, il est persuadé d’être différent.
Pour Roman, c’est la famille avant tout. Mais avant quoi ? Jusqu’où ? À quel autre prix que celui de l’argent ? Celui du sang ? De l’honneur ? De la vérité ?
Et le roman nous ramène sans cesse à cette question brutale : qu’est-on prêt à sacrifier au nom de ceux qu’on aime ?
L’argent agit comme un révélateur des failles et Cosby sait y faire pour rendre les frontières floues. Le pouvoir transforme progressivement ceux qui pensent le contrôler, au risque de les voir devenir exactement ce qu’ils combattaient.
Cosby nous présente une fratrie fracassée, dont la jeunesse a été marquée par la disparition d’une mère chérie, la suspicion qui a toujours pesé sur les épaules de leur père et ce père, taciturne, qui a continué d’avancer, vaille que vaille. Roman a besoin de femmes aux services particuliers (et tarifés) pour assouvir ses besoins ; Neveah est « la maîtresse », celle qu’on appelle quand on a cinq minutes, mais qu’on ne choisirait pas pour une vie ; Dante a trouvé refuge dans la drogue. La seule certitude dans cette famille est l’amour qu’ils se portent les uns aux autres, un amour qui ne va toutefois pas jusqu’à mettre toutes les vérités à plat.
Famille, destin, secrets, pouvoir et corruption sont autant de thèmes que Cosby traite dans Le Roi des Cendres avec énormément de talent, tout en proposant un opus nettement plus sombre que La Colère.
Cette asphyxie de noirceur ne m’a pas effrayée. J’ai vraiment adoré que l’auteur la développe tout du long, jusqu’à cette conclusion déchirante, mais, finalement, inévitable. Il fallait oser fouler au pied toute espérance, et Cosby l’a fait en allant au bout de son idée. Certes, c’est démoralisant, mais emblématique d’une société gangrénée par la corruption et son jumeau maléfique : l’argent !
J’ai beaucoup aimé ce roman
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Je l’ai trouvé très très dur en effet….pas bcp de respirations ou d’espoir. En même temps, dans l’Amérique d’aujourd’hui, où est l’espoir ?
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C’est ça, justement, j’ai l’impression qu’il n’y en a plus vraiment…
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Wooowww 😍. Merci à toi pour le partage 🙏 😘. Des fois, un simple mot suffit pour résumer une sensation 😊
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Je n’ai lu qu’un seul roman de cet auteur pour l’instant, et il m’a marquée. Un an après ma lecture, je m’en souviens très bien. Celui-ci est dans ma liste d’envies et il a l’air tout aussi fort.
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