Lu en : Mai 2026
Un avis de Nath !

Si je reste une indécrottable psychopathe amatrice de thrillers qui giclent et complètement hermétique à toute forme de romance, une certaine lassitude, mêlée à une bonne dose de curiosité, m’a poussée ces derniers mois à sortir de mes habitudes de lecture. La déferlante Rosa Perdida ne m’a évidemment pas échappée et j’étais curieuse de découvrir ce que proposait Christopher Laquieze, véritable phénomène des réseaux sociaux.
Il faut dire que son approche tranche avec les codes habituels des créateurs de contenu littéraire. Là où beaucoup se contentent d’enchaîner des recommandations en quelques secondes (*soupirs exaspérés*), Christopher Laquieze prend le temps de parler des œuvres, de les replacer dans leur contexte, d’évoquer les grands classiques, d’expliquer ce qui les rend intemporels et, surtout, de partager un véritable regard de lecteur. Une démarche qui suscite forcément ma curiosité.
Dès lors, je me devais d’aller vérifier par moi-même si le battage autour de La Rosa Perdida était mérité !
La première chose qui m’a frappée est la poésie qui se dégage de chaque ligne. Avec de doux mots, l’auteur démarre pourtant par une tragédie : Matías Ordoñez a dénoncé sa mère, Sofia, qui fut, dès le lendemain, pendue sur la place du village.
Comment Matías en est-il arrivé là ? Acte d’amour ou de vengeance ?
L’auteur nous ramène alors aux origines de l’histoire, au cœur de San Jacinto del Río, qui vit au rythme des lubies sanguinaires du dictateur Isidro Gálvez.
Plus que l’histoire d’un peuple opprimé et meurtri, c’est celle de ceux, et surtout de celle, qui se sont dressés subtilement contre le pouvoir qu’il nous narre.
Sofia est la tenancière de La Rosa Perdida, une maison close qui protège autant les vices que les secrets et qui a l’avantage d’être considéré comme suffisamment méprisable et insignifiante pour être ignoré du régime. C’est le lieu où personne ne veut être vu, mais où tout le monde, ou presque, finit par passer. La discrétion liée aux lieux assure à tous un peu de répit et, une fois les habits tombés, on ne distingue plus les opposants des sympathisants.
Dans cette drôle d’ambiance, Sofia élève Matías, mais elle élève aussi, en sourdine, une voix de résistance. Elle et « ses filles » savent comment tirer profit de ce qu’elles entendent à la faveur de confidences murmurées sur l’oreiller.
Pour moi qui suis habituée à une violence crue et sourde, cet effleurement était déstabilisant. J’ai fini par décider, en milieu de lecture, de passer à une forme de lecture plus immersive, en écoutant, en même temps que je lisais, Christopher Laquieze lire lui-même son roman dans sa version Audiolib.
Il faut avouer que l’immersion a rendu l’expérience plus agréable. La voix est douce et l’on sent l’âme de l’auteur dans son interprétation vibrante d’émotion, jusqu’aux noms à consonance latino qui sonnent comme des caresses lorsqu’ils sont prononcés correctement.
Dans ce roman, un soin particulier est apporté à la description des femmes, qui portent le poids de la mémoire, mais sont aussi gardiennes de la transmission et soufflent discrètement le vent de la révolte, quand les hommes incarnent davantage le pouvoir, l’autorité et la violence.
Matías, lui, vit avec l’ombre qui entoure les fondements de son identité.
L’auteur nous balade dans un texte qui brouille subtilement la frontière entre le réel et le merveilleux. Peu à peu, des éléments qui pourraient relever de la légende ou de la superstition s’invitent dans le récit, au point de rendre naturelles des situations qui, rationnellement, ne sont pas censées l’être.
L’auteur rappelle aussi que, si l’on peut exterminer des hommes, il est plus difficile d’empêcher leur mémoire de survivre, et protéger cette mémoire peut dès lors devenir une forme de résistance.
Si l’inspiration de l’auteur se cache dans les littératures sud-américaines, je n’ai aucune compétence pour décider si, oui ou non, l’objectif est atteint. Tout juste puis-je exprimer que cette incursion hors de mes thrillers était peut-être un peu trop radicale pour moi.
Je reconnais la poésie du texte et une écriture parfaitement soignée et, justement… peut-être un peu trop, pour moi. J’ai parfois eu la sensation de lire un récit dans lequel chaque mot, chaque phrase, avait été soigneusement pesé. Tout est à sa place, au point qu’il m’a manqué cette petite part d’imperfection, de spontanéité ou de fragilité qui me touche souvent chez des auteurs moins soucieux de la perfection de la forme.
Au final, je comprends parfaitement l’engouement suscité par La Rosa Perdida. Christopher Laquieze signe ici un roman ambitieux et profondément humaniste. Il a mis la poésie au service de la mémoire, de la transmission et de la résistance.
Mais à la question : « Était-ce un livre fait pour moi ? », je suis désolée de devoir admettre que ce n’était pas totalement le cas. C’est aussi pour cela que j’aime sortir de ma zone de confort : découvrir d’autres sensibilités, d’autres façons de raconter. Toutes les rencontres ne deviennent pas des coups de cœur, mais certaines méritent d’être faites, ne serait-ce que pour rappeler qu’il existe mille manières d’aimer la littérature.
Il suffit simplement de reconnaître que la mienne passe peut-être davantage par les poings que par les points. 😉
Mais qu’il est beau ton retour Nath, et j’adore ta conclusion ! Un livre qui n’était pas forcément fait pour toi, mais dont tu as su parler à merveille quand même. Il m’attire depuis sa sortie, même si je n’ai toujours pas sauté le pas.
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Comme c’est beau de lire un texte pareil.
C’est tout en ton honneur de rendre hommage à un livre que tu n’aurais pas lu, sans ta curiosité.
Je trouve que ton retour est très réussi. Merci beaucoup pour le partage 🙏 😘
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Merci ! Il faut pouvoir accepter que parfois, la rencontre ratée ne vient pas forcément du livre !
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J’aime ce que tu en dis, avec ton humilité bien cachée. 🤗🥰
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🥰
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J’adore ta conclusion !! Tu as raison, c’est bien parfois de sortir de sa zone de confort… Bravo à toi de le faire ! 😉 🙂
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Oui, et je continuerai, même si c’est prendre le risque d’être un peu déçue !
Et entre mes tentatives, j’irai chercher ma dose d’hémoglobine dans les thrillers 😂
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😂👍😊
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Ta chronique est superbe. Je suis passée à côté du battage, je ne connaissais pas ce livre qui semble déroutant. Bon dimanche
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Merci beaucoup !
Comme je suivais l’auteur en tant que chroniqueur, j’ai pas mal été inondée par ce titre, forcément, d’où ma curiosité 😉.
Je te renvoie sur le site de Aude qui en parlait très bien aussi :
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N’allant guère sur les réseaux, je ne connaissais ni le roman ni l’auteur mais ton avis me donne envie d’écouter ce roman. Car même si le texte n’était pas pour toi, tu arrives à en présenter les qualités. Pour ma part, cette plume travaillée avec soin est un bon argument pour craquer 🙂
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En audio, je pense que c’est vraiment l’expérience parfaite ! Tu me diras !
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Ce roman est pétri de réalisme magique, un genre que je ne connaissais pas. Je ne fais pas partie non plus de tous ceux qui ont encensé ce roman, même si je lui ai trouvé des qualités.
Je ne pense pas que je lirai un deuxième roman de cet influenceur que je suis sur Insta.
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Je ne sais pas non plus si j’en relirai, mais qui sait, ça dépendra du genre !
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Malgré tes réserve tu m’as donnée envie de la découvrir, quand ça je ne sais pas encore….
Bisous ma Nath
Et c’est chouette que tu accepte de faire un pas de coté !
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J’essaie. Pas toujours simple mais ça me plaît !
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