Lu en : Juin 2026
Un avis de Nath !

Les Saules semble avoir fait l’unanimité auprès des lecteurs. Comme nous sommes curieuses et toujours à la recherche de lectures à partager, mes comparses (Isabelle & Aude) et moi avons décidé de vérifier par nous-mêmes !
La première chose qu’il faut souligner, c’est le tour de force réussi par l’autrice : nous qui sommes des pipelettes invétérées, adeptes des débriefings matinaux à rallonge, ici, jusqu’à l’avant-dernière partie de notre découpage, nous n’avions rien d’autre à partager qu’une forme d’émerveillement devant l’histoire, la plume, l’ambiance… Nous laisser sans voix, Mathilde Beaussault n’imagine pas la performance que cela représente !
L’autrice nous invite au cœur d’une campagne française rude et profondément hiérarchisée. L’époque n’est pas clairement identifiée, mais tout indique que l’intrigue se déroule avant l’avènement des téléphones portables, de l’ADN et des méthodes d’investigation modernes.
Au fond de « la Coulée » gît Marie, dix-sept ans. Marie et l’enfant qu’elle portait viennent de voir s’éteindre les lumières de l’avenir. Elle qui cherchait simplement à être aimée meurt couverte d’une réputation qui masque complètement celle qu’elle était vraiment.
D’ailleurs, si tout le monde s’insurge, on ne peut quand même pas s’empêcher de se dire que, bon… elle ne l’a pas volé, la bien nommée Marie (-couche-toi-là !).
Et alors que tout le village passe sur le grill des interrogatoires policiers, Marguerite, elle, pleure vraiment Marie. Marguerite, la gamine qui ne cause pas, est en guerre avec les peignes et ne sent pas la rose. Marguerite, que ses camarades martyrisent sans que son instituteur n’y voie autre chose qu’une épine dans le pied de la tranquillité de sa classe.
Marguerite, qui a des parents qui l’aiment à leur façon, mais ne comprennent pas que la négligence est une forme de violence. Négligée, mais aussi oubliée. Marguerite, c’est celle qui sait et qui comprend, alors que le monde entier semble oublier jusqu’à son existence. Jamais on ne la consulte. On parle d’elle, certes, mais jamais avec elle.
En cherchant à résoudre le meurtre de Marie, les rivalités tenaces entre « ceux d’en haut », représentés par les parents de Marie, pharmaciens, et « ceux d’en bas », qui travaillent la terre jusqu’à l’épuisement, explosent ! Les paysans pensent que la justice protège les puissants et, les vieilles rancœurs ayant entraîné quelques vilaines actions, ils craignent l’amalgame.
Les interrogatoires de police sont présentés dans une forme assez inédite qui m’a beaucoup plu : on adopte systématiquement le point de vue de l’interrogé, sans jamais entendre la voix des enquêteurs, afin de s’immerger totalement dans la psychologie de celui qui répond et qui n’est pas toujours à l’aise face à l’autorité.
Le roman est parcouru d’une forme de naïveté collective et écrasé par le poids d’un patriarcat omniprésent. Souvent, la voix des femmes est couverte par celle des hommes. Marie en est la triste démonstration, victime d’une tragédie qui porte un nom : féminicide.
J’ai également eu l’impression que l’enjeu de la résolution de ce meurtre revêtait différents aspects pour les personnages, mais très peu en lien avec une véritable justice pour Marie, sauf peut-être pour ses parents. Les paysans veulent protéger leur communauté, les gendarmes veulent résoudre une affaire, le village veut préserver son image… et Marie finit presque par disparaître derrière son propre meurtre.
Et pendant ce temps, le lecteur est probablement déjà en mesure de comprendre… mais l’enjeu n’est pas tant le qui que le : « Que faire de cette réponse ? ».
Mathilde Beaussault clôture son intrigue en interrogeant notre morale.
Si j’ai aimé cette résolution, j’aurais pourtant préféré que Mathilde Beaussault pousse un cran plus loin ce piège moral tendu à ses lecteurs. Car, à mes yeux, le roman frôle une immense réflexion sur la justice, la vérité et la responsabilité collective… avant de choisir, au dernier moment, un dénouement certes, moralement discutable, mais qui échappe de peu au grand vertige et nous épargne un véritable inconfort…
Quand on me connaît, on sait combien j’aime refermer un livre avec davantage de questions que de certitudes. Ici, j’aurais aimé que Mathilde Beaussault ose me retirer ce dernier appui.
Pour autant, je respecte que Les Saules ne cherche jamais le retournement de situation à tout prix. Mathilde Beaussault déroule, avec beaucoup de justesse, la mécanique implacable d’un féminicide et prouve qu’un roman n’a pas besoin d’un twist spectaculaire pour marquer durablement.
Hormis un dernier vertige que j’aurais aimé éprouver, Les Saules m’a donc offert tout ce que j’attends d’un bon roman : des personnages que l’on n’oublie pas, des thèmes qui résonnent longtemps après la lecture et une histoire qui donne envie d’en parler pendant des heures !
J’avais vraiment apprécié ce roman. Malgré le petit élément qui t’a manqué, je suis ravie de voir que tu as aimé aussi. 🤩
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Oui, un excellent premier roman et je vais vite découvrir le suivant !
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Entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, je n’ai pas trouvé ma place. Généralement, quand tout le monde s’exclame, je reste sur le bord du fossé. 😁
Déjà lu, ma whislist te remercie beaucoup pour le partage 🙏 😘
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Beaucoup moins enthousiaste que toi, je n’ai que moyennement aimé ce roman, à part les passages avec Marguerite, bien sûr, sans doute la figure centrale de ce livre.
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J’ai lu plusieurs avis lui reprochant l’aspect caricatural des personnages (je vois que ce n’est pas ton cas), ce qui ne m’a pas empêchée de l’ajouter à ma pile dès sa sortie poche…
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