« Relic » – Douglas Preston & Lincoln Child

Lu en : Août 2026

Un avis de Nath !

Ah, l’inspecteur Pendergast ! Voilà bien longtemps que j’en entends parler sans avoir pris le temps de partir à sa rencontre ! Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé, cet été, de découvrir la série en commençant par le premier tome ! Et quand on sait que ce tome a plus de trente ans, il y avait sérieusement un risque que le tout ait mal vieilli, comme lorsqu’on revoit ce film qu’on adorait enfant et qu’on se demande soudain ce qu’on pouvait bien lui trouver…

Première constatation : j’ai adoré replonger dans cette ambiance des années 90 ! Délicieusement old school, avec des échanges entre les protagonistes un peu surannés mais qui, moi, m’ont vraiment fait sourire !

Et si notre époque vit en plein essor de l’intelligence artificielle, dans les années 90, la grande révolution venait des avancées extraordinaires dans la compréhension de l’ADN et du génome humain. Un champ des possibles époustouflant s’ouvrait alors aux scientifiques… et un terrain de jeu infini aux auteurs !

L’intrigue démarre sur une mission scientifique en Amazonie qui se solde par l’envoi au Musée d’Histoire naturelle de New York de plusieurs caisses de trouvailles diverses, dont une statuette représentant Mbwun, qui semble être la preuve de l’existence des Kothogas. Malheureusement, aucun membre de l’expédition ne rentrera à New York pour évoquer ce qui s’est passé, car ils ont tous été massacrés !

Quelques années plus tard, le Musée décide de mettre sur pied une exposition qui portera le nom racoleur de « Superstition », dans laquelle Mbwun aura une place de choix. Tout y sera : éclairages et dispositions savamment étudiées pour renforcer une ambiance à la hauteur du nom de l’expo. Après tout, le musée a grand besoin de fonds et cette mise en scène, jugée ouvertement aguicheuse par une partie des scientifiques du musée, est censée ramener du monde et, in fine, des sous.

Sauf qu’à quelques jours de l’ouverture, deux enfants sont retrouvés sauvagement assassinés dans un recoin du musée. Au vu de la violence des meurtres, une rumeur se répand : une bête assoiffée de sang hante les allées du musée. Et ce n’est qu’un début…

Pas d’étude des fadettes, pas d’enquête de voisinage, pas de bureaux de police surchargés et de flics en burn-out, ni même d’interrogatoires de suspects. Ici, l’enquête se mène dans les coulisses du musée et tout y est ! Une véritable chasse au trésor au sein d’un lieu mythique et, croyez-moi, je m’y croyais !

Et en guise d’enquêteurs, les auteurs nous offrent une jolie palette : le flic new-yorkais bourru mais attachant, l’inspecteur du FBI (le fameux Aloysius Pendergast !), érudit au phrasé alambiqué mais pas dépourvu d’humour, l’écrivain un peu fouineur, un peu lourdeau mais éminemment sympathique, et la jeune scientifique qui fait parler les indices et dont l’aide sera précieuse quand il sera temps de comprendre à quoi le musée a affaire !

Et bien entendu, comme si courir après une bête assoiffée de sang ne suffisait pas, la police se heurte à l’imprudence des bureaucrates qui ne pensent qu’aux mécènes et aux médias et refusent de repousser l’ouverture de l’exposition !

On est dans une ambiance très hollywoodienne, dans la veine de Jurassic Park, avec une palette de personnages aux stéréotypes parfaitement calibrés et un lieu, le musée, qui devient un personnage à part entière : un temple de la science qui prend des allures de château gothique. Ça peut sembler réchauffé ou cliché, mais personnellement, j’ai franchement adoré !

Et ce délicieux parfum des années 90 se retrouve jusque dans les dialogues et les rapports entre les personnages. Quelques réflexions sexistes, une bonne dose de machisme, des flics qui jouent volontiers des biscotos et une certaine condescendance masculine qui passe comme une lettre à la poste… Tout n’a évidemment pas bien vieilli, mais c’est justement ce qui donne aujourd’hui au roman son petit côté capsule temporelle !

Pour autant, Margo est loin de faire de la figuration : scientifique compétente, elle occupe une place centrale dans l’enquête et se révèle indispensable pour comprendre ce qui se trame dans les entrailles du musée.

Notre monde est actuellement si anxiogène que j’ai vraiment adoré retrouver cette ambiance un peu vieillotte des années 90 et l’arrogance des scientifiques qui pensaient, à l’époque, tenir l’avenir du monde entre leurs mains.

Pour le reste, il suffisait de réunir deux auteurs aux expériences particulièrement complémentaires : Douglas Preston connaissait les mystères et la mécanique de fonctionnement des musées, tandis que Lincoln Child, alors éditeur, connaissait les réalités du marché du livre et ce qui plaît au public. Leur imagination débridée a fait le reste !

À défaut d’une explication scientifiquement plausible, les auteurs ont mis suffisamment de vraie science autour de leur invention pour créer une illusion de plausibilité extrêmement efficace et divertissante, le tout en proposant quand même une vraie question derrière le divertissement : maintenant que nous pouvons toucher au vivant, sommes-nous certains de savoir ce que nous faisons ?

J’ai également aimé que les auteurs nous proposent un thème d’exposition, « Superstition », tout sauf anodin : les Occidentaux, au travers de l’exposition, regardent les croyances des peuples primitifs comme des superstitions alors même que leur propre science peine à comprendre ce qui se passe sous leurs pieds, dans les couloirs du musée.

Et si les Kothogas et les scientifiques observaient le même phénomène mais ne disposaient simplement pas du même langage pour le raconter ? D’ailleurs, à partir de quand une superstition cesse-t-elle d’en être une pour devenir un phénomène que la science n’a tout simplement pas encore réussi à expliquer ?

En conclusion, je dirais que lire Relic trente ans après sa sortie, c’était comme exhumer le fossile d’une époque où la génétique semblait pouvoir ouvrir toutes les portes, où le sexisme était un art de vivre et où les auteurs n’hésitaient pas à lâcher une bestiole sanguinaire dans un musée pour nous parler, mine de rien, de science, de croyances et d’arrogance humaine.

C’est parfois cliché, scientifiquement très arrangeant, mais délicieusement old school. Et j’ai adoré !

26 réflexions sur “« Relic » – Douglas Preston & Lincoln Child”

  1. Je n’ai encore jamais lu de livre de ce duo. Je crois bien que ce livre prend la poussière dans ma pal depuis pas mal d’année. Ton avis donne envie de partir à l’aventure.

    J’adore de temps à autre remonter le temps. C’est comme relire un Agatha Christie. C’est vieux mais ça fait du bien de retrouver un style désuet de nos jours mais très agréable à lire 😊

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  2. Tu m’as fait rire en parlant de condescendance masculine qui passe comme une lettre à la poste, mais franchement hormis ça, je suis bien tentée par cette ambiance musée et années 90. Le mélange me tente bien, la petite référence à Jurassic park n’est pas pour me déplaire, et en plus je n’ai pas encore eu le plaisir de découvrir ce duo d’auteurs et cette saga. Alors pourquoi pas. 🙂

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  3. J’ai justement découvert Pendergast en début de moi, avec Origines, celui où tu le vois à ses débuts. J’ai beaucoup aimé et du coup, je compte bien lire la série. J’avais bien besoin de ça, tiens, une nouvelle série dans ma liste, comme si j’en avais déjà pas assez à terminer. 😁 Sinon, ce que tu dis sur les années 90, je suis pareil, raison pour laquelle, ces temps-ci, je me réfugie beaucoup dans les séries et films d’avant les années 2000.

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