Un « Avic » de Vic!

Víctor del Árbol est un écrivain dont j’ai beaucoup entendu parler, et souvent en bien. Il était donc temps que je me forge ma propre opinion sur les écrits de cet auteur.
Et autant vous le dire tout de suite : quelle découverte !
Comme à mon habitude, j’ai l’art de ne jamais commencer une série dans l’ordre. Enfin, surtout lorsqu’il s’agit de personnages récurrents, mais que les intrigues peuvent malgré tout se lire indépendamment. Le Temps des bêtes féroces ne fait donc pas exception puisqu’il s’agit du deuxième tome de la trilogie du tueur sans nom, dont le premier volet s’intitule Personne sur cette terre.
Alors oui, on sent qu’il existe un passif entre certains personnages et que certaines relations se sont construites dans le roman précédent. Mais, honnêtement, cela ne m’a absolument pas empêchée de profiter pleinement de ma lecture. Au contraire, cela m’a surtout donné très envie de découvrir ce premier tome !
L’histoire débute sur l’île de Lanzarote, avec ce qui semble être un banal accident de la route. Une jeune femme, roule à vélo lorsqu’elle est violemment percutée par une voiture qui prend immédiatement la fuite, la laissant pour morte.
Un simple délit de fuite ? Un tragique fait divers ? Évidemment, les choses sont loin d’être aussi simples.
L’enquête, va peu à peu révéler que derrière cet accident se cache une histoire bien plus vaste. Et c’est là que Víctor del Árbol m’a complètement embarquée. Parce qu’à partir de ce point de départ finalement assez simple, l’auteur déroule progressivement les fils d’une intrigue beaucoup plus complexe, où les secrets, les blessures du passé, les jeux de pouvoir et les intérêts financiers s’entremêlent. Chaque élément semble avoir son importance et, petit à petit, on comprend que ce qui se joue dépasse largement ce petit coin de Lanzarote.
On croise alors des personnages liés, parfois malgré eux, à des histoires anciennes, à des choix passés et à des événements dont les conséquences continuent de se faire sentir des années plus tard. Entre corruption, grandes entreprises davantage préoccupées par leurs intérêts que par les conséquences de leurs décisions, ambitions personnelles et personnages prêts à tout pour préserver leur position et leur train de vie, l’auteur nous offre une vision particulièrement sombre de notre société.
Et puis, il y a la vengeance.
Une vengeance qui ne surgit pas de nulle part. Une vengeance qui s’inscrit dans le temps, qui prend racine dans le passé et qui attend patiemment le moment de ressurgir.
Ici, plus que jamais, l’adage « la vengeance est un plat qui se mange froid » prend tout son sens.
Mais ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que nous sommes loin du thriller bourré d’adrénaline, d’hémoglobine et de rebondissements à n’en plus finir. Si vous recherchez un roman qui vous balance un twist toutes les vingt pages, ce n’est peut-être pas celui qu’il vous faut. Víctor del Árbol prend son temps.
Il prend le temps de dérouler son histoire. De poser ses personnages. De nous faire comprendre leurs parcours, leurs blessures et leurs contradictions. Il soigne les détails, les lieux et surtout les êtres qui peuplent son roman.
Les personnages restent tous crédibles. Ils ne tombent pas dans l’exagération ou dans des caricatures trop faciles. Oui bon, certains ont effectivement un peu « la tête de l’emploi », mais cela ne m’a absolument pas dérangée.
Ce que j’ai surtout apprécié, c’est la manière dont l’auteur nous fait entrer dans leur tête. Il nous expose leurs réflexions, leurs doutes, leurs peurs, leurs blessures et parfois leurs contradictions. On peut ressentir de l’attachement pour certains, de l’agacement, de la colère ou même une véritable répulsion pour d’autres. Mais une chose est sûre : il est difficile de rester indifférent.
De plus en plus, mes goûts de lecture s’orientent vers ce genre de livres : des romans fouillés, bien écrits, qui prennent le temps de raconter une histoire et de développer leurs personnages plutôt que de chercher à maintenir artificiellement le lecteur sous tension.
Et sur ce point, j’ai été plus que comblée.
Le Temps des bêtes féroces a été une excellente lecture, et même bien plus que cela : j’ai véritablement adoré ce livre. Il ne me reste donc plus qu’à me précipiter sur Personne sur cette terre. Parce que si le premier tome est à la hauteur de ce second opus, je sens que je vais encore passer un excellent moment.
Et surtout, je pense bien que Víctor del Árbol pourrait bientôt rejoindre la courte — mais précieuse — liste de mes auteurs préférés.