Lu en : Octobre 2026
Un avis de Nath !

Fidèle à ses habitudes, Laure Rollier nous entraîne dans une histoire où les apparences sont trompeuses, nous obligeant à rester bien prudents dans nos conclusions, et, la connaissant, je me suis d’ailleurs bien gardée de m’y risquer trop vite ! En effet, l’autrice aime jouer avec les blessures qui ne se voient pas, les traumatismes qui ne s’effacent pas et les décisions qui, vues de l’extérieur, paraissent incompréhensibles…
Au cœur de ce roman, il y a Adèle. Maman solo installée loin de ses enfants, dont elle n’a qu’un droit de garde limité, Adèle découvre un jour des photos d’elle ainsi qu’une menace assez sérieuse. Elle qui est déjà cabossée réagit alors de manière un brin improbable, échaudée par un passé visiblement traumatique mais dont le lecteur ne détient pas toutes les clés. Rapidement, Adèle soupçonne son voisin de palier et, de prime abord, on serait tenté de lui donner raison, tant le bonhomme est louche !
Difficile d’en dire vraiment plus, car loin de moi l’envie de spoiler ! Retenez surtout qu’Artefact ne se contente pas de nous raconter une histoire de femme victime ! Car derrière les drames individuels se cachent bien souvent des familles entières qui en subissent les conséquences. Et si nous ignorons encore ce qui a poussé Adèle à faire certains choix, nous comprenons rapidement que ses enfants en portent eux aussi les cicatrices, et il semble bien qu’ils lui en tiennent rigueur !
Pour maintenir un équilibre parfait entre suspense et analyse psychologique, Laure Rollier sait y faire, et elle distille ses informations avec intelligence, multipliant les points de vue et entretenant suffisamment d’incertitudes pour nous donner envie de tourner les pages. Les révélations viennent progressivement modifier notre perception tant des personnages que des événements, sans que jamais l’intérêt ne retombe.
Ces personnages sont imparfaits, parfois même franchement agaçants, mais c’est justement cette humanité, avec tout ce qu’elle comporte de contradictions, qui nous permet de nous y attacher. C’est, comme souvent, ce que j’ai le plus apprécié dans son écriture : cette finesse avec laquelle elle dessine les êtres humains, sans les enfermer dans des rôles trop confortables de victimes ou de bourreaux.
Artefact est donc un roman que j’ai apprécié autant pour le propos que pour la manière dont il est traité. Et si le sujet est loin d’être léger, Laure Rollier l’aborde avec suffisamment de sensibilité et d’intelligence pour que l’on retienne autre chose que la noirceur des événements.
Et si ce roman ne restera pas mon préféré de Laure Rollier, les quelques mots qu’elle nous adresse en fin d’ouvrage m’ont particulièrement touchée. À eux seuls, ils m’ont convaincue de l’intérêt de ce récit.