« Premier sang » – Amélie Nothomb

Un avis de Dominique

Sous la forme d’un conte, Amélie Nothomb raconte la vie de Patrick, son père, doux enfant angélique qui, jeune adulte, devra se confronter à la mort.
Un magnifique hommage à la figure paternelle mais aussi à un héros de l’ombre, diplomate à la carrière hors norme.

Amélie Nothomb est une autrice très prolifique, dont l’univers littéraire ne me séduit pas forcément (alors que j’adore absolument l’écouter lorsqu’elle est interviewée, je la trouve hyper attachante). Toutefois, je tenais à lire cet opus, consacré à la vie, un peu romancée je suppose, de son père, décédé en 2020.

Le roman commence par l’image de ce jeune homme de vingt-huit ans devant un peloton d’exécution. Et il se termine juste avant l’assaut de l’armée belge, alors qu’il échappe de peu à son exécution.

Orphelin de père quelques mois après sa naissance, Patrick Nothomb est élevé dans la bourgeoisie bruxelloise par ses grands-parents maternels et envoyé régulièrement en vacances chez son grand-père paternel, noble certes, mais poète désargenté peu soucieux des basses réalités matérielles qui lui permettraient d’élever dignement ses nombreux rejetons. Au sortir de cette enfance singulière, il deviendra diplomate.

Au sein d’une carrière probablement riche en faits marquants, il est un épisode particulier qui mérite d’être remis en mémoire des lecteurs. Mes compatriotes ont souvent oublié la dramatique prise d’otages de Stanleyville. Mais moi, j’ai passé de nombreuses années au Congo, je suis donc attachée à l’histoire de ce grand, beau et tragique pays. Je vous résume ?

En réaction contre le pouvoir central après l’indépendance du Congo, une rébellion « Simba » a eu lieu dans l’est du pays. Si les chefs du mouvement étaient d’obédience marxiste, les soldats étaient surtout de très jeunes hommes de la région (voire des enfants), galvanisés par la croyance qu’ils étaient invincibles grâce aux sorts d’une féticheuse. Stanleyville (aujourd’hui Kisangani) a été envahie sans combats en août 1964. 1600 personnes, dont 525 Belges ont été pris en otages, victimes de mauvais traitements, voire exécutés. Parmi eux, Patrick Nothomb, qui était arrivé dans cette ville comme consul de Belgique une semaine avant que celle-ci ne tombe aux mains des rebelles et qui négociera inlassablement pour limiter les dommages subis par les prisonniers. Le 24 novembre, le régiment para-commando belge saute sur Stanleyville (opération Dragon rouge), appuyé par une colonne mobile de mercenaires encadrés par des officiers belges (colonne Ommegang). Cette intervention entraînera la mort de certains otages et paras, mais permettra de libérer les survivants (dont le futur père de l’autrice).

Un roman en hommage à son père (certains héros ne portent pas de cape), pudique et tendre, ponctué de notes de l’humour caractéristique de l’autrice, un texte que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et d’intérêt.

« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. »

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