« La cave aux poupées » – Magali Collet

Lu en : Février 2020

CVT_La-Cave-aux-poupees_3027Parfois, les auteurs n’ont pas besoin d’être explicites pour nous faire deviner l’ignominie. Parfois, la narration simple et naïve prêtée à un personnage est nettement plus glaçante que n’importe quelle envolée lyrique. Parfois, le Mal a l’état pur se cache dans des gestes quotidiens des plus anodins. C’est exactement ce qui arrive lorsqu’on plonge dans le quotidien de  la jeune Manon qui vit avec « le Père », ce bourreau insensible et ignoble, qui l’a façonnée pour qu’elle puisse être parfaite fée du logis, exutoire à sa moindre perversité, mais aussi docile et inconsciente complice. Manon ne trouve de répit que lorsque « le Père » se décharge sur les jeunes filles emprisonnées dans la cave et dont Manon a la charge (les nourrir, les laver, s’assurer qu’elles soient telles que « le Père » les aime). Le moindre faux pas se paiera par une volée de coups. Alors elle a intérêt à ce que tout soit parfait. Et quand « le Père » travaille, Manon en profite pour accéder à sa seule fenêtre vers « la vraie vie » : la télévision.

Quand on n’a connu que ce quotidien de violence, d’inceste, de soumission, de déshumanisation, comment comprendre que ce n’est pas la norme ? Que dans la vraie vie, les hommes ne « montent » pas chaque soir des jeunes filles enfermées dans leur cave, ou leur propre fille, lorsque ses victimes sont « indisponibles » ? Avec une simplicité déconcertante, le raisonnement de Manon nous prend à la gorge, nous donne envie de hurler, de la secouer… Jusqu’à ce que la force d’un seul prénom ébrèche le quotidien rodé de Manon pour faire éclater l’humanité à travers ces lignes sous une forme timide, douce et désarmante…

Entrer dans la cave aux poupées, c’est s’asphyxier sous le poids des mots les plus simples qui dessinent une histoire terrifiante, malsaine, dérangeante. Ce récit est d’une puissance insoupçonnée, et en ressortant de cette cave, le seul son qui vous parviendra encore sera celui de votre cœur qui se brise en mille morceaux.

Je remercie Joël, des Editions Taurnada, pour cette lecture fracassante.

cdec

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