« L’Oeuvre du serpent » – Norman Jangot

Lu en : Aout 2025

Vous arrive-t-il de voir des signes partout ? De transformer une coïncidence en évidence, comme si l’univers vous envoyait un message ? Imaginez que ce soit un véritable don. Et que ce don naisse d’une catastrophe.

C’est le point de départ singulier de ce roman de Norman Jangot. Les hommes et leur orgueil ont encore une fois dépassé les limites, et ils ont creusé trop profondément la Terre. Cela a provoqué une onde qui a ravagé le monde, détruisant les bâtiments, les fondations. Mais au cœur du chaos, certains, frôlant la mort, ont été « déviés » de leur trajectoire et ont hérité d’une capacité hors norme : percevoir les synchronicités, ces coïncidences qui n’en sont peut-être pas. On les appelle les Pythons.

Solitude, incompréhension, haine même : ce don est autant une malédiction qu’un cadeau. Pourtant, il va devenir l’arme la plus précieuse dans un monde fissuré, où les inégalités se creusent et où la folie prospère. Quand l’un des leurs bascule dans le meurtre et devient un serial killer insaisissable, il faudra réveiller le meilleur des Pythons… même si ce dernier a depuis longtemps quitté la scène, brisé, privé de ses yeux (au sens littéral !).

Alors commence une traque d’un genre inédit, où l’enquête n’emprunte pas les chemins habituels. Ici, les protagonistes naviguent à travers les signes, les « synchs », jouant sur une lecture des indices invisibles. Un jeu dangereux où chaque synchronicité peut sauver… ou perdre, car les Pythons sont malgré tout des humains à la recherche, parfois inconsciente, de leur propre vérité.

J’ai adoré cette construction d’un univers à la fois post-apocalyptique et étrangement proche du nôtre. Norman Jangot y déploie une intrigue dense, où se mêlent anticipation, polar et réflexion philosophique. À travers les Pythons, il questionne notre rapport au hasard, au destin, à l’Art : et si tout était lié ? Et si rien n’était fortuit ?

Le récit est exigeant, mais terriblement captivant. Les héros sont marqués par la douleur, par la perte, et leur humanité fragile les rend bouleversants. On avance dans cette histoire comme dans un labyrinthe, happé par les « synchs », avec le sentiment que même notre propre lecture est traversée de signes ! Étonnant comme j’en ai reçu chaque fois que je levais le nez de ma lecture, comme si tout m’y ramenait ! À tel point qu’il ne m’a fallu que deux jours pour venir à bout de ce joli bébé de plus de 500 pages quand même !

« L’Œuvre du serpent » est un roman audacieux, novateur et incroyablement immersif. Une œuvre qui interroge, qui déstabilise, et qui prouve qu’il est encore possible de surprendre les lecteurs de noirs, pile au moment où je sentais une forme de lassitude qui s’installait. Pour ne rien gâcher, l’écriture est soignée, et je me suis retrouvée totalement immergée dans ces rues parisiennes démolies, meurtries, mais rafistolées tant bien que mal. J’ai ressenti dans mes tripes le fossé entre riches et pauvres, rendu plus brutal encore par la catastrophe et amplifié par la force de la plume.

Et puis, il y a aussi cette évocation de la curiosité des hommes, qui m’a beaucoup fait réfléchir. Cette curiosité insatiable qui les (nous ?) pousse à toujours creuser plus loin jusqu’à déclencher l’Onde, quitte à réveiller des forces qu’ils ne maîtrisent pas, résonne étrangement avec notre époque. C’est peut-être là que le roman frappe le plus fort : il ne se contente pas de divertir, il nous tend aussi un miroir : celui de notre propre déraison.

À conseiller à tous ceux qui aiment perdre leurs repères, pour mieux être emportés dans un récit qui ne ressemble à aucun autre !

17 réflexions sur “« L’Oeuvre du serpent » – Norman Jangot

    1. Je savais que ça te plairait ! 😉
      Vraiment une excellente lecture, et je me rends chaque fois compte, quand j’ose dévier de ma ligne, que j’en suis ravie ! Je viens d’aller relire ta chronique, je n’avais même pas pensé à faire le lien entre « Python » et le langage de programmation auquel je m’étais frottée il y a quelques années, à l’ère des Raspberry ! Excellente parallèle ! 😉

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      1. Avatar de Céline C. Céline C.

        Ah cela me rend toujours heureuse quand l’on aime les mêmes romans (cela arrive quand même souvent 😉).

        Merci Nath. Je suis partie comme une voleuse pendant 15 jours, désolée. J’ai eu besoin de prendre du recul, de digérer des trucs, la vie quoi 😉

        😘

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