« Le Fardeau du passé » – Michael Hjorth & Hans Rosenfeldt

Lu en : Mars 2026

En ouvrant Le Fardeau du passé, je me suis retrouvée dans une situation un peu particulière, puisque je découvrais à la fois les auteurs… et une série déjà bien installée, dont ce roman constitue, si je ne me trompe pas, le huitième tome. Pour une fois, j’y allais « en sachant », mais comme je recevais les auteurs en table ronde à la Foire du livre et que je n’avais pas le temps de lire les sept tomes précédents, j’y suis allée quand même.

Autant dire que mon emballement n’a pas été immédiat, loin de là ! Entre les rappels d’événements passés et les relations déjà construites entre les personnages, j’ai d’abord eu l’impression persistante de tomber dans l’histoire comme un cheveu dans la soupe. Je n’arrivais pas à entrer dans le roman et, par-dessus le marché, je me suis fendue d’une sacrée dose de spoils !

Et pourtant, il y a eu un moment où tout a fini par se mettre en place : les repères se sont stabilisés, les personnages ont pris corps, et j’ai enfin commencé à percevoir, derrière l’historique, quelque chose de plus profond, de plus insidieux aussi, qui dépasse largement la simple résolution d’un crime.

C’est à ce moment-là que j’ai véritablement découvert Sebastian Bergman. Un personnage aussi brillant qu’insupportable, dont l’intelligence aiguë se double d’un rapport aux autres pour le moins… compliqué ! Sebastian s’impose pourtant comme un élément incontournable de l’équilibre du récit par sa qualité de consultant pour le groupe d’enquêteurs dirigé par Vanja, sa fille. Et puis, c’est lui, le héros de cette série !

Au moment où je suis montée dans le train de l’histoire de Sebastian Bergman, il était sur la sellette, les autorités tentant de se défaire de son aura particulière (je vous jure, ce mec ne respecte rien ni personne !). Et alors que Sebastian est censé se faire discret, c’est le moment que choisit un tueur pour assassiner de pauvres innocents et s’en servir comme messages personnels à son attention (les courriers, c’est surfait !).

Après une déflagration de taille dans le service (que j’aurais dû découvrir dans les tomes précédents et que je tairai donc ici au cas où), cette publicité est très mal venue. Pour certains personnages, l’éthique est une option et Vanja va devoir composer avec la notion de fusible à sacrifier sur l’autel de l’opinion publique.

Mais au-delà de cette enquête, ce qui m’a particulièrement plu c’est la manière dont le roman s’attache à faire remonter à la surface d’autres événements anciens qui, alors même qu’on les croyait oubliés, continuent d’exercer leur influence, et auxquels Sebastian sera bien obligé de faire face. Encore une fois, cela a été une difficulté dans ma lecture et représente aujourd’hui une difficulté dans la rédaction de cette chronique, car je ne veux vraiment pas spoiler. Sachez donc simplement qu’ici, le passé n’est pas qu’un décor, mais plutôt une matière vivante, instable, qui ressurgit au moment où l’on s’y attend le moins, et qui oblige les personnages, comme les institutions, à se confronter à ce qu’ils auraient parfois préféré laisser derrière eux.

Dans ce contexte, certaines figures prennent une résonance particulière. Vanja, par exemple, incarne une forme de droiture et d’engagement qui contraste avec les logiques plus stratégiques à l’œuvre ailleurs, tandis que des personnages comme Rosmarie rappellent combien, à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie, les décisions se teintent inévitablement d’enjeux politiques, d’arbitrages et de calculs qui dépassent la simple quête de vérité.

L’enquête, dès lors, devient presque secondaire. Non pas qu’elle perde en intérêt, bien au contraire, mais parce qu’elle agit surtout comme un révélateur de choix passés, de responsabilités diffuses, et de cette difficulté persistante à assumer pleinement les conséquences de décisions prises parfois bien longtemps auparavant.

Le personnage de Sebastian est franchement imbuvable : arrogant, calculateur, et même un brin manipulateur. Et pourtant, ça deviendra précisément ce qui le rendra attachant, parce que derrière cette façade d’insolence se cachent un certain nombre de cicatrices. Une espèce de Dr House version profileur, qui aurait oublié de cocher l’option « empathie » lors du choix de ses qualités. Certes, j’ai mis du temps à me décider qu’il méritait que je l’apprécie. Mais je sais maintenant que je l’aime vraiment beaucoup !

Le duo d’auteurs est doué pour malmener ses personnages et empêcher le lecteur de s’ennuyer. Le démarrage difficile ne m’a pas empêchée d’apprécier le roman, mais je ne peux que vous conseiller de prendre l’histoire dans l’ordre, conseil que je vais moi-même appliquer, car, après un échange vraiment intéressant avec les auteurs à la Foire du livre de Bruxelles, ils m’ont totalement convaincue de repartir avec le tome 1 de la série ! Du coup, il y a certains éléments que je connaîtrai déjà… et ce sera intéressant de lire avec ces informations en arrière-plan !

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