« L’Autre Moi » – Franck Thilliez

Lu en : Mai 2026

Un avis de Nath !

Bonjour et bienvenue dans un terrible jeu de manipulation… l’autre moi est l’actualité du moment, made in le maître Franck Thilliez… à moins qu’il ne s’agisse d’un autre lui ? Car dès le départ, le doute est installé : Franck Thilliez salue en prologue le talent de Caleb Traskman, avant de prétendument nous livrer l’un de ses textes… Traskman… pseudonyme, masque ou version nettement moins fréquentable de Franck Thilliez ?

Dès les premières lignes, Thilliez-Traskman explore l’idée que notre (son ?) identité peut se fissurer, se dédoubler, voire nous (lui ?) échapper. Le “moi” n’est pas une valeur stable dans ce livre, et l’ambiguïté liée au nom de plume en est le point de départ. L’altération vertigineuse de l’identité s’impose donc d’emblée, déstabilisante, pour mieux nous embarquer.

En utilisant le sommeil comme point de bascule, l’auteur, qui qu’il soit, nous entraîne dans un tourbillon cauchemardesque dans lequel se noie littéralement notre héroïne, Sibylle. Sybille, c’est une femme fracassée par un accident de voiture dans lequel son fils a perdu la vie et à cause duquel sa mémoire s’est fragmentée. Ses nuits sont des tortures durant lesquelles les événements qui surviennent paraissent pourtant bien réels.

Pour tenter de l’aider, mais également parce qu’on vient de lui proposer un poste aussi important que top secret, son compagnon Erwann lui propose de s’installer pour une année à Longepin, une base militaire de haute sécurité perdue en pleine forêt où interviennent des professionnels de la mémoire.

Alors qu’elle devrait entreprendre un voyage vers l’apaisement, c’est évidemment tout le contraire qui se produit… d’autant que l’environnement est carrément flippant ! Joli, certes, mais flippant ! Le culte du secret (normal pour un site militaire de cette importance) oppresse très vite Sibylle, et les rares autres civils qu’elle croise ne la poussent pas franchement à se détendre !

Franck Thilliez met une fois de plus la science au service du vertige, en nous catapultant dans un environnement ultra-secret où certaines portes ne se franchissent pas sans risque.
Tout du long, il se jouera de nos perceptions autant que de celles de ses personnages, nous entraînant dans un labyrinthe mental magistralement effrayant.

Je fais le choix de ne pas vous en dire davantage sur l’intrigue, car à mon sens, il vaut mieux laisser la main à l’auteur pour qu’il vous y plonge (noie ?) sans préavis.

Que ce soit au travers de Sibylle ou d’un duo de flics que je vous laisse le soin de rencontrer, et qui se retrouve face à un mystère a priori inextricable, le doute est un élément primordial de l’intrigue : sommes-nous vraiment un seul et même individu ? Pourrait-il exister une autre version de nous-mêmes ? Comment savoir laquelle est la vraie ?
Ne plus être soi-même” sort ici, par bien des façons, de sa dimension métaphorique pour devenir un point d’interrogation essentiel de l’intrigue.

Et en nous empêchant de reprendre notre souffle, avec une intrigue aussi minutieuse que dense, l’auteur ne nous laisse pas le temps de penser, d’analyser… ni presque même de comprendre.
Pour les lecteurs les plus exigeants et les plus aguerris, dont je pense faire partie, cette construction vitaminée, mais consciencieuse relève du nectar !

En refermant le livre, chaque pièce aura trouvé sa place, chaque doute sera levé…
sauf peut-être le plus important : et si Franck Thilliez possédait une villa à Berck-sur-Mer… avec une cave qu’on préférerait ne pas visiter ?

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