« 14 minutes 2 secondes » – Anouk Shutterberg

Lu en : Mai 2026

Un avis de Nath

Dans 14 minutes et 2 secondes, Anouk Shutterberg s’est appuyée sur ce délai considéré comme le temps moyen d’intervention des forces de l’ordre après un appel au secours. Pour illustrer à quel point ce temps peut sembler des heures selon la situation, l’autrice nous plonge dans une maison familiale, un matin qui vire au cauchemar lorsqu’un détraqué prend pour cible la famille qui y vit. Retranchés dans la maison en attendant la police, parents et enfants doivent échapper au forcené tout en gérant la panique. Et l’autrice va s’employer à faire en sorte que cette panique gagne également le lecteur…

Pas de doute, sur ce point, l’autrice fait un sans-faute : la situation est dramatique et le lecteur tremble avec les personnages. Mais, confortablement installé derrière ses pages, il a également le loisir de se demander comment et pourquoi cette famille en est arrivée là. Pour répondre à cette question, Anouk Shutterberg alterne les chapitres d’angoisse pure, au cœur de l’attaque, et les retours dans le passé qui retracent la vie de la famille Derain depuis qu’elle a quitté Paris pour s’installer au cœur de l’Aveyron.

Une histoire de mise au vert qui démarre de manière idyllique, surtout lorsque la mère de famille, Ariane, retrouve une vieille amie à la tête d’une joyeuse tribu elle aussi. Le quotidien est rythmé par les enfants et leurs amitiés fluctuantes, les barbecues du week-end et les galères du boulot. Une vie tranquille mais dans laquelle l’autrice insère quelques grains de sable pour gripper la mécanique jusqu’à un enrayement complet. Derrière cette apparente normalité, elle interroge aussi la fragilité des équilibres familiaux et amicaux, et la manière dont certains choix parfois anodins continuent de produire leurs effets longtemps après avoir été faits. Mais tout cela suffit-il à expliquer dans quelle situation se trouve aujourd’hui la famille Derain ?

J’ai commencé par être agréablement surprise par cette première partie du roman. Le présent de l’assaut est découpé minute par minute et nourrit cette idée insidieuse que, puisque le récit nous ramène régulièrement dans le passé proche de la famille, il existe probablement une faute cachée à découvrir ou des conséquences imprévues liées à certains choix. L’écriture est directe et sied parfaitement à cette ambiance d’urgence.

J’ai également senti basculer progressivement l’atmosphère entourant l’arrivée des Derain en Aveyron, passant de « famille qui vit sa best life entourée d’amis formidables » à un franc « bordel, qu’est-ce que tu fous ? » qui pouvait s’appliquer, selon les moments, à presque tous les personnages !

Jusque-là, c’était assez prenant, je l’admets, et je me suis laissée embarquer sans difficulté.

Mais arrivent ensuite les deux dernières parties et, surtout, la dernière, qui introduit un destin connexe destiné à éclairer les événements. C’est à ce moment-là que le roman et moi avons cessé d’être en phase, car je n’ai pas réussi à adhérer à la direction prise par le récit.

Je comprends parfaitement la nécessité d’apporter une résolution à l’énigme et de donner du sens à tout ce qui précède. Pourtant, cette orientation ne m’a pas vraiment convaincue. Là où la première partie tirait toute sa force de l’urgence, du huis clos et de cette tension construite autour des fameuses 14 minutes et 2 secondes, j’ai eu le sentiment que le récit s’éloignait complètement de ce qui faisait, à mes yeux, son principal atout : l’horreur du décompte, la peur viscérale des parents qui veulent rester en vie, bien sûr, mais surtout sauver leurs enfants.

Au final, je ressors donc de cette lecture avec un avis en demi-teinte. J’ai vraiment apprécié le postulat de départ, la construction de la première partie et cette montée progressive de l’angoisse qui tient en haleine. Malheureusement, les choix opérés dans la dernière ligne droite n’ont pas trouvé le même écho chez moi, et le soufflé est un peu retombé. Je décide donc de retenir de cette lecture surtout l’excellente gestion de la tension dans sa première moitié !

Une réflexion sur “« 14 minutes 2 secondes » – Anouk Shutterberg

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