« L’Ascenseur » – Jacques Expert

Lu en : Juillet 2026

Un avis de Nath !

Petit avertissement avant de commencer : cette chronique ne sera pas très enthousiaste, mais elle ne reflète évidemment que mon ressenti de lectrice et n’a aucune vocation à descendre un roman, encore moins le travail de son auteur. Un livre est une rencontre, et parfois, elle n’a tout simplement pas lieu. Je vais donc vous expliquer pourquoi celle-ci a raté pour moi, avec toute la subjectivité que cela suppose. Cela étant dit, je m’autorise quand même une pincée de mauvaise foi : quitte à prendre des risques en m’exprimant, autant qu’on s’amuse un peu !

Ces derniers mois, j’ai vu beaucoup d’avis enchantés sur ce nouveau roman de Jacques Expert qui, sur le papier (enfin, sur la quatrième de couverture !), avait tout pour me plaire. Imaginez ce pitch extrêmement prometteur : un gamin de six ans monte seul dans l’ascenseur au rez-de-chaussée pour rejoindre sa mère au cinquième. Mais quand la porte s’ouvre, l’ascenseur est vide. Le gamin s’est volatilisé !

Un immeuble de cinq étages, deux logements par niveau et une kyrielle de locataires qui sont autant de suspects potentiels… De quoi alimenter rancœurs et méfiance ! Et pendant que chacun s’évertue à planquer son petit secret, la police pédale dans la semoule et le gamin reste introuvable…

Bon, je vais vous le dire tout net : si la police m’avait confié l’enquête, le roman aurait été une nouvelle ! Alors forcément, dans un thriller qui repose en grande partie sur sa capacité à détourner les soupçons, avoir identifié très tôt la direction du dénouement change considérablement l’expérience. À partir de là, les fausses pistes ne brouillent plus le chemin, elles l’allongent !

Pire encore : si j’avais identifié le coupable, j’avais également imaginé un mobile qui, à mes yeux, tenait sacrément bien la route. J’attendais donc que le roman donne corps à toutes les promesses que j’entrevoyais derrière cette idée. Mais ce potentiel est resté inexploité et la justification finalement proposée ne m’a absolument pas convaincue ! Je m’en suis sentie frustrée, même s’il ne m’appartient pas de décider de la voie que l’auteur choisit de suivre !

À cette déception s’est ajoutée une autre difficulté : la somme de clichés qui jalonnent le roman. Un instituteur célibataire aux mœurs pour le moins discutables, un mari qui trompe sa femme à tour de bras, un jeune délinquant, un glandeur et sa mère marginaux, et j’en passe… À force de cocher les cases, certains personnages m’ont davantage semblé incarner un archétype qu’exister véritablement. Et puisque tout le sel de l’histoire repose justement sur cette petite communauté de voisins, leurs secrets et les soupçons qu’ils font naître, j’aurais aimé y trouver davantage de nuances.

Et ce n’est malheureusement pas le seul ressort qui m’a laissé une impression de déjà-vu. Difficile notamment de passer à côté du très classique duo du bon flic et du méchant flic, décliné ici sans grande subtilité. L’un temporise pendant que l’autre fonce dans le tas, soupçonne, brusque et provoque… À ce stade, il ne manquait presque plus que l’une des deux enquêtrices propose un café pendant que l’autre renversait la table ! Une mécanique tellement balisée qu’elle en devient presque caricaturale. Là encore, j’aurais aimé que le roman joue davantage avec les codes du genre plutôt que de les appliquer aussi consciencieusement.

Et malheureusement, mes réserves ne s’arrêtent pas à une intrigue dont j’avais trop vite démêlé les fils… L’écriture m’a elle aussi régulièrement sortie de ma lecture. Sur plusieurs pages d’affilée, certaines répétitions m’ont sauté aux yeux au point de devenir franchement gênantes. Ailleurs, ce sont des formulations qui m’ont arrêtée, m’obligeant parfois à relire une phrase pour être certaine d’en avoir compris le sens. Des accrocs qui, pris séparément, pourraient sembler anecdotiques, mais dont l’accumulation a fini par sérieusement entamer mon plaisir de lecture.

Au vu des avis dithyrambiques que j’ai croisés, nul doute que bien des lecteurs y ont trouvé leur compte. Mais de mon côté, ça n’a absolument pas fonctionné et j’en suis la première navrée !

Une fois encore, cette expérience me pousse aussi à revoir mes propres choix de lecture. Si je ne suis pas toujours comblée par mes rencontres littéraires actuellement, je dois reconnaître ma part de responsabilité en privilégiant parfois l’impulsion au détriment de mes goûts profonds… peut-être faut-il que je cesse de céder si facilement aux romans que je vois partout !

3 réflexions sur “« L’Ascenseur » – Jacques Expert

  1. Ce désamour de celui-ci n’est pas sans me rappeler mes propres déceptions, bien que je ne sois pas aussi calée que toi sur les thrillers. Maintenant, ne pas suivre son intuition, cela me semble difficile. C’est bien cette envie au départ irrationnelle qui nous porte vers telle ou telle lecture. Je suis sûre qu’une rencontre littéraire devrait arriver bientôt !

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  2. Merci pour ce retour sincère et bien argumenté. C’est ce que je recherche quand je lis un avis sur un livre, et que parfois je n’arrive pas à exprimer clairement dans mes propres chroniques. Ici, on comprend aisément ton ressenti au fil de la lecture et pourquoi, au final, tu ne l’as pas appréciée. En tout cas, ce qui t’as gênée me gênerait aussi, je pense surtout aux archétypes qui ont l’air assez mal amenés, ou plutôt amenés de façon trop grossière.

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