« Une bonne épouse » – Ingrid Desjours

Un « Avic« de Vic !

Ah, cette fameuse phrase « c’était mieux avant » … On l’entend à de nombreuses reprises, dans des contextes divers et variés. Mais la vie était-elle vraiment mieux avant, lorsque les femmes étaient cantonnées au rôle de parfaites épouses modèles, dont le quotidien consistait essentiellement à entretenir le foyer, mijoter de bons petits plats et faire en sorte que tout soit parfait lorsque le mari rentre du travail ?

C’est en tout cas ce que semble prôner le mouvement « tradwife », contraction de traditional wife, soit « épouse traditionnelle » en français. Un mouvement dont je n’avais, je l’avoue, jamais entendu parler avant de lire ce roman. Pourtant, cette idéologie n’est pas totalement nouvelle dans la littérature ou la culture populaire. Elle m’a notamment fait penser aux épouses des Commandants à Gilead dans La Servante écarlate, ou encore, de manière plus édulcorée, à certaines représentations de la femme au foyer dans Desperate Housewives, notamment à travers le personnage de Bree Van de Kamp.

Avec Une bonne épouse, Ingrid Desjours s’empare de cette thématique pour nous proposer un thriller qui m’a vraiment beaucoup plu.

Nous faisons la connaissance d’Alice, une jeune femme de trente ans qui vient de perdre la garde de sa fille et cherche désespérément à se reconstruire. Une publicité pour une retraite en montagne va l’amener à rencontrer Marcel, un homme séduisant et mystérieux qui lui fait découvrir la Fosse aux anges, un village isolé où des couples semblent vivre dans un bonheur parfait.

Dans cette communauté, les femmes ont choisi de consacrer leur vie à leur foyer, à leur mari et à leur famille. Elles cuisinent, entretiennent leur maison et veillent à satisfaire leur époux. Mais elles mettent également en scène leur quotidien à travers des vidéos soigneusement réalisées et diffusées sur les réseaux sociaux. Cuisine, ménage, vie conjugale… Tout est parfaitement orchestré pour donner l’image d’une existence simple, saine et harmonieuse.

Et c’est justement cette mise en scène qui m’a beaucoup intéressée. Car derrière ces images de bonheur parfait, quelque chose finit par déranger. On sourit, on cuisine, on s’occupe de son intérieur et de sa famille… mais où est donc passée la liberté de ces femmes ? Sont-elles réellement heureuses ou ont-elles simplement appris à le devenir en acceptant les règles qu’on leur impose ?

Alice est d’abord intriguée, puis séduite par cette vie qui semble offrir une forme de sérénité et de sécurité. Mais progressivement, les apparences commencent à se fissurer. Un drame vient bouleverser ce tableau idyllique et ce qui ressemblait à un petit paradis prend peu à peu les allures d’une prison dorée.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la manière dont l’autrice fait évoluer les épouses. Leur rébellion ne surgit pas brutalement. Elle est lente, progressive, presque imperceptible au départ. Un doute, une question, un malaise, un regard différent sur ce qui les entoure… Puis les prises de conscience se multiplient. Certaines commencent à remettre en question ce qu’on leur a présenté comme la seule manière possible d’être une « bonne épouse ». Et petit à petit, quelque chose change.

Bien que les thrillers domestiques ne soient absolument pas ma tasse de thé, j’ai pourtant adoré ce roman. Ingrid Desjours a réussi à m’embarquer dans son histoire et à maintenir mon intérêt jusqu’au bout. J’ai aimé cette sensation de voir progressivement les pièces du puzzle s’emboîter. Plus on avance, plus on comprend que rien n’est vraiment aussi simple qu’il n’y paraît et que derrière chaque sourire, chaque vidéo et chaque épouse modèle se cache peut-être une autre réalité.

J’ai également beaucoup apprécié les personnages, qui ne sont jamais totalement caricaturaux. On pourrait, au premier abord, se demander comment ces femmes peuvent accepter d’être traitées comme de jolies poupées parfaitement dociles. Mais en découvrant leur parcours, leurs fragilités et surtout le mécanisme d’emprise dans lequel elles se trouvent, on comprend que la réalité est beaucoup plus complexe.

Une bonne épouse est donc une très belle surprise pour moi. Je ne pensais pas autant apprécier ce roman, compte tenu de mon peu d’intérêt pour les thrillers domestiques, et pourtant j’ai été complètement embarquée. Une lecture que j’ai beaucoup aimée et qui constitue une très agréable première incursion dans l’univers d’une autrice que je vais certainement avoir envie de retrouver.

L’avis de Nath !

27 réflexions sur “« Une bonne épouse » – Ingrid Desjours

      1. Avatar de laplumedelulu laplumedelulu

        Quand c’est Ingrid, je suis sur mes ergots, pas bien hauts mais je l’aime d’amour et j’aime tout ce qu’elle écrit. Maintenant, il te faut découvrir au moins ces deux là  » sa vie dans les yeux d’une poupée » et « la prunelle de ses yeux ».

        J’avais fait mon retour chez Geneviève 🥰

        C’est Ingrid comme je l’aime. Celle qui va au bout des choses et qui est restée trop longtemps absente. Maintenant qu’elle est là, il faut lui rouvrir les portes en grand.

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