« Emma » – Jean Reno

Lu en : Août 2026

Un avis de Nath !

Avant d’ouvrir Emma, j’étais persuadée que j’allais lire un thriller. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il est présenté comme tel un peu partout. Et moi, bien naïvement, quand on me parle de thriller, j’ai tendance à m’attendre à… un thriller ! Je sais, je sais. À mon âge, accorder encore autant de crédit aux promesses éditoriales relève presque de la négligence…

Mais j’aime les thrillers, j’aime Jean Reno et, plutôt que de me demander ce qui lui avait pris de se mettre à écrire, j’ai éprouvé une curiosité légitime, teintée de quelques attentes : j’espérais quelque chose de très cinématographique, rythmé, efficace, avec de l’action, du danger et, pourquoi pas, quelques explosions. Je ne demandais pas nécessairement qu’il fasse sauter Oman, où se déroule l’action, entendons-nous bien, mais au moins qu’il s’y passe quelque chose… enfin, quelque chose d’autre que sexuel !

Emma, l’héroïne principale, est sublime, mais évidemment inconsciente de l’effet qu’elle produit. Masseuse de profession, il faut qu’elle soit, dans son métier, tout aussi exceptionnelle… On peut dire qu’elle possède des mains magiques ! Belle, douée… et, forcément, elle est aussi libre, sauvage, un brin écolo, impulsive et torturée juste ce qu’il faut !

Face à ce cliché hollywoodien, il nous fallait un richissime et très inaccessible héritier  ! J’ai nommé Tariq, qui, instantanément, devient fou d’elle ! À tel point que, bien que fiancé et extrêmement protégé en raison de ses activités professionnelles pas forcément irréprochables, il réussit à faire engager Emma comme formatrice pour ses masseurs dans le tout nouveau complexe hôtelier qu’il construit à Oman.

Pendant ce temps-là, la partie « thriller » attend son heure… « Naaan, mais vous inquiétez pas, j’arriiiiiive ! »

Trois quarts du livre plus tard, on a accumulé : du luxe, du cul, du désert, encore du cul, des hôtels somptueux, du polo, une tente luxueuse, du désir interdit, des regards brûlants, encore un peu de cul et des descriptions touristiques d’Oman. Sans oublier le fameux « fluide » dans les mains d’Emma, qui soigne, détecte le danger et neutralise les agresseurs selon les nécessités, ou plutôt les facilités, du scénario… Pratique, ce couteau suisse palmaire ! Par contre, si vous cherchez une once d’explication au truc, vous pouvez toujours attendre !

Non mais imaginez un peu cette rencontre entre Emma et Tariq : elle lui fait un massage, ses mains chauffent, il la veut, elle le veut, ils résistent approximativement douze secondes et les voilà embarqués dans une passion digne d’une publicité pour un parfum oriental. Avec le désert, les étoffes, les corps couverts de sueur et l’amour impossible parce que Monsieur doit épouser une autre femme… Il ne manquait plus qu’un faucon traversant le soleil couchant, tiens…

Puis, finalement, les services secrets français entrent dans la danse : Ils soupçonnent le sultanat de développer secrètement un programme nucléaire potentiellement militaire et découvrent en Emma la candidate idéale pour approcher Tariq.

Pourquoi elle ? Parce qu’elle couche avec lui, principalement. Et qu’il a été assez con pour organiser leurs petites sauteries sur un site ultrasecret, en plus…

Non mais ce recrutement d’Emma par les services secrets, sérieusement ? La DGSE disposerait donc de professionnels formés pendant des années, mais son meilleur plan consisterait à faire chanter une masseuse bretonne parce qu’elle couche avec le fils du vice-Premier ministre ? Et après une mission menée avec la discrétion et la maîtrise émotionnelle d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, Éric Martel conclut : « Cette femme est exactement celle qu’il nous faut. » J’en veux pour preuve : Une nouvelle mission d’Emma, tome 2 : L’Évasion ! Et non, je ne blague pas…

Naaaan, Éric. Cette femme est exactement celle qu’il ne vous faut surtout pas !

Le plus rageant, c’est que le démarrage pouvait laisser espérer autre chose : le traumatisme de l’accident de voiture qui a coûté la vie à sa mère fait d’Emma une personne fragile, dirigée à la fois par sa culpabilité, par son rapport extraordinaire au toucher, mais aussi par son incapacité à avancer… Il y avait de quoi construire un personnage intéressant. Mais Emma devient rapidement une héroïne de fantasme qui possède absolument tout, sauf une épaisseur crédible.

À mon sens, Emma n’est pas un thriller qui contient une histoire d’amour. C’est une romance érotico-exotique de luxe dans laquelle quelqu’un a glissé la DGSE, une puce électronique et un cadavre pour sauver l’étiquette « espionnage ».

Le tout se lit facilement, certes, et les dernières pages finissent par apporter un peu d’action. Mais après avoir attendu pendant les trois quarts du livre que quelque chose d’intéressant se passe, je n’avais plus vraiment envie de le féliciter d’avoir finalement trouvé le chemin.

Emma a peut-être tout. Ce roman, en revanche, n’avait vraiment rien de ce que j’étais venue y chercher !

32 réflexions sur “« Emma » – Jean Reno”

  1. « C’est une romance érotico-exotique de luxe dans laquelle quelqu’un a glissé la DGSE, une puce électronique et un cadavre pour sauver l’étiquette « espionnage  » C’est exactement ça. ça se lit vite d’autant que ça a l’air calibré pour être porté à l’écran et j’ai fini par voir ça comme une parodie…

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  2. Avatar de Céline C. Céline C.

    Whaou mais quel courage de l’avoir terminé ! Bravo Nath et surtout merci pour cette chronique incroyable qui m’a bien fait rire (le couteau suisse palmaire 😂). Comme dit Pat j’aime beaucoup quand tu ne viens pas rajouter de livres à notre PAL !!
    J’espère que tu vas bien, je pense bien à toi 😘

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  3. J’aime bien Jean Reno comme acteur… mais je t’avoue quand j’ai vu qu’il écrivait… je ne sais pas, je ne le sentais pas. Et bien grand bien m’a pris de passer mon chemin. Après ta chronique (j’ai adoré mais désolée pour toi), je m’enfuis, je cours… vite loin !! Merci pour ton humour, même s’il est grinçant. Je te souhaite enfin une lecture intéressante !! 🙂

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  4. Houla…
    Quand je lis ce billet, je ressens une féroce envie de relire « Olivia Joules ou l’Imagination hyperactive » (2004) d’Helen Fielding (oui, l’immortelle autrice des Bridget Jones elle-même!), pour voir si, oui ou non, Jean Reno a pu pomper dessus…
    (s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola

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