«Le Calamity club » – Kathryn Stockett

Un avis de Dominique

Meg, onze ans, a appris à ne compter sur personne. Depuis que sa mère l’a abandonnée, elle fait partie des grandes filles « inadoptables » de l’orphelinat, où elle se bat chaque jour pour garder espoir malgré le mépris et la cruauté de la présidente.
Birdie, missionnée d’aller retrouver sa sœur récemment mariée à un riche banquier pour sauver sa famille ruinée, découvre un foyer parfait en apparence mais qui repose en réalité sur un tissu de mensonges.
Charlie, internée de force dans un asile après avoir été jugée « faible d’esprit », est prête à tout pour récupérer sa fille perdue et retrouver sa dignité.

Écouté en audiolivre, une narration délicieuse et très juste d’Estelle Galarme et Elia-Carmine Robbe.

J’avais adoré, il y a quinze ans, « La Couleur des sentiments ». Mais l’autrice semblait en être restée à cet unique roman.

Mississipi, 1933. Le krach boursier de 1929 a fait s’effondrer l’économie de l’ensemble des États-Unis. Les pauvres sont devenus misérables, et même les riches familles qui se pensaient à l’abri de tout se voient, du jour au lendemain, précipitées dans la pauvreté. La prohibition est toujours en vigueur, les Noirs n’ont aucun droit, les femmes non plus. Les hérauts des ligues puritaines persécutent tous ceux qui sont jugés « faibles d’esprit », pour avoir eu une conduite répréhensible aux yeux de la morale de l’époque : homosexuels, femmes de « mauvaise vie », mères célibataires… De nombreuses femmes « faibles d’esprit » seront stérilisées contre leur gré pour éviter la naissance d’enfants « imbéciles ».

C’est dans ce contexte historique lourd que l’autrice nous fait découvrir trois héroïnes, les trois principales protagonistes de ce roman.

Birdie, jeune bourgeoise, est envoyée chez sa sœur par sa mère et sa grand-mère, pour lui demander une aide financière qui éviterait à la famille de perdre leur maison. En effet, Frances, la très jolie sœur de Birdie, a épousé un jeune banquier d’une bonne famille d’Oxford (Mississipi). Elle aura probablement à cœur de sauver ses proches de la banqueroute, non ?

Arrivée à Oxford, Birdie va trouver chez sa sœur une situation pour le moins inattendue. Le couple de rêve ne semble pas très bien fonctionner et Frances passe ses journées entre shopping et « bonnes œuvres ». À l’orphelinat local où Frances fait « œuvre de charité », Birdie rencontre la jeune Meg, 11 ans, une gamine vive et intelligente, persécutée par la directrice, l’abominable Garnett Pittman, qui masque son intrinsèque méchanceté derrière une bigoterie bien pratique socialement. Plus tard, Birdie fait la connaissance de Charlie, une de ces jeunes femmes victimes des internements forcés d' »indésirables », pour avoir osé parler en public à une homme noir.

Mais comment survivre et se débrouiller, lorsqu’on fait partie de ces femmes sans le sou et sans droits réels? Charlie et Birdie vont imaginer une solution assez … créative pour tirer tout le monde de la mouise.

J’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ce roman, qui aligne une belle galerie de personnages forts et attachants. Les protagonistes principales, pleines de ressources et de caractère, mais également les personnages secondaires : les pensionnaires de Birdie, la vieille Madame Tartt, bien plus adaptable qu’on ne le parierait, Virginia, la jeune femme qui tente de se faire accepter comme étudiante en médecine … Des personnages essentiellement féminins, même si nous rencontrons Jack (le seul mec qui tire vraiment son épingle du jeu de façon honorable), et Tom, faible mais touchant.

Racisme, misogynie, homophobie, mépris de classe, hypocrisie, bigoterie, cruauté, maltraitance des enfants… les thèmes sont lourds. Mais ils sont abordés de façon dynamique, avec un humour sous-jacent et une grande tendresse de l’autrice. Les situations sont cocasses, dramatiques parfois, vaudevillesques par moments (le prologue, déjà, où Birdie fait d’insolites emplettes dont nous ne saisirons la teneur que plus tard) et on ne peut qu’enchainer les chapitres, pour découvrir les aventures de nos héroïnes, unies par une solidarité extraordinaire, une débrouillardise réjouissante et une intelligence hors normes.

N’attendez pas, toutefois, une vraisemblance totale, ce n’est pas un documentaire. On est dans un romanesque assumé et bien mené. C’est long, mais j’aurais volontiers continué l’aventure pour quelques chapitres de plus, parce que j’ai quitté le Calamity Club à regret. Et donc, je ne peux que vous conseiller d’en pousser la porte. C’est un vrai, grand roman, un roman comme j’aimerais en trouver plus souvent.

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