Un avis de Dominique

Bo n’a plus beaucoup de temps devant lui. À quatre-vingt-neuf ans, il vit isolé dans un village suédois et sa santé décline rapidement. Sa solitude n’est troublée que par le va-et-vient de ses aides à domicile. Parmi les rares choses qui lui restent, il y a les appels à son meilleur ami et la fidèle compagnie de Sixten, son gros chien auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Bo aime s’endormir avec lui, sa main enfouie dans l’épais pelage. Quand son fils juge qu’il ne peut plus s’occuper d’un tel animal, l’orgueilleux Bo plonge dans un tourbillon d’émotions. Père et fils n’ont jamais su communiquer. Comment dire aujourd’hui ce qui compte vraiment ? Bo dresse le bilan de sa vie, de ses liens familiaux, et se penche sur la façon imparfaite dont il a exprimé son amour au fil des ans.
Je vieillis. D’un côté, c’est une bonne chose, puisque cela signifie que je ne suis pas morte jeune. Mais j’arrive doucement à un âge où mon corps me joue des tours pendables et où je commence doucement à voir mes capacités physiques se réduire. C’est angoissant, avouons-le.
J’ai donc abordé ce roman avec un intérêt mêlé d’appréhension.
Une superbe couverture habille ce roman authentiquement touchant.
Bo est très âgé. Son épouse, Fredrika, l’amour de sa vie, a dû être placée en maison de retraite car elle est devenue démente. Depuis lors, Bo est très seul. Bien sûr, des aides à domicile passent chez lui quatre fois par jour, et son fils unique, Hans, et sa petite-fille viennent souvent le voir, mais … il doit faire le deuil anticipé de son épouse dont ne persiste plus que le corps, déshabité par la mémoire. Il téléphone souvent à Ture, son meilleur ami et a l’immense réconfort de la présence de Sixten, son grand chien.
Mais voilà, le corps de Bo aussi le lâche peu à peu. Jour après jour, ses capacités physiques, sa mémoire, son autonomie sont grignotées et il doit faire face aux humiliations de la dépendance, à la frustration de voir que, désormais, les décisions qui concernent sa propre existence sont prises par d’autres. Lorsque Hans, son fils, constate, après maints incidents, que son père n’est plus en état de s’occuper de Sixten, c’est son monde qui se fracasse un peu plus.
D’une plume simple, sans fioritures, l’autrice nous fait vivre les pensées de Bo, au quotidien, avec ses errements, ses pertes de mémoire, ses défaillances physiques, ses souvenirs. La relation qu’il a eue avec ses parents, son père, surtout, avec son épouse, avec son fils, avec Ture, son meilleur ami. Son fils, parlons-en. On sent bien qu’ils s’aiment, ces deux-là. Vraiment. Et il prend soin, objectivement, de son père, Hans. Mais il est difficile pour Bo, de devenir l’enfant de son propre fils.
Chaque chapitre narre une journée, vécue par Bo, décrite sans fard, mais sans pathos, et nous montre l’autre face de la situation en intercalant les notes laissées par les assistants familiaux qui prennent soin de lui.
Et c’est peut-être cet aspect factuel, sans exagération, sans effets de style, au plus près des pensées et du vécu d’un grand vieillard en fin de vie qui est le plus poignant. Parce que nous savons tous que c’est tellement réaliste, tellement proche de ce qui pourrait nous arriver. Ce qui est arrivé à des personnes que nous chérissons. C’est terriblement touchant de constater que nous comprenons parfaitement le point de vue de Hans, qui a totalement raison. Tout en comprenant tout aussi parfaitement la colère et la détresse de Bo qui s’accroche légitimement au peu qui lui reste.
C’est un roman qui parle de la vieillesse, de la maladie, de la mort, mais aussi de l’amour, exprimé ou non, de l’amitié, avec un hommage sous-jacent aux personnes qui prennent soin des aînés. C’est aussi un hymne à la vie, paradoxalement, la vie jusqu’à ses derniers jours. Et un texte profondément humain et émouvant. J’ai vraiment beaucoup aimé. Et, ne le dites à personne, j’ai versé quelques larmes (mais chut, on va finir par croire que j’ai un cœur).