Un « Avic » de Vic!

Comment une vieille dame en arrive-t-elle à tuer sa propre mère ? Voilà ce qui m’a attirée dans ce roman : comprendre ce qui a pu pousser Missy Becker à commettre un geste aussi extrême.
Jeune journaliste, Rose Pulzaire décide de rencontrer Missy en prison afin de recueillir son histoire et d’en faire une saga pour son journal, digne des séries Netflix. Au fil de leurs entretiens, elle découvre une femme meurtrie, profondément marquée par son enfance et par une mère, Norma-Liz, aussi flamboyante qu’égocentrique.
Comédienne, parfois escroc, Norma-Liz semble n’avoir jamais véritablement accordé de place à sa fille. Lorsqu’elle se souvenait de son existence, c’était souvent pour l’entraîner dans des situations dangereuses ou traumatisantes. Une relation mère-fille particulièrement toxique, dont les conséquences vont poursuivre Missy jusque dans sa vie d’adulte. Et lorsque Norma-Liz devient dépendante de sa fille, les rôles finissent par s’inverser : Missy se retrouve à devoir prendre en charge cette mère qui lui a pourtant tant fait de mal.
Au fil de l’enquête de Rose, la personnalité de Missy se dévoile peu à peu. A-t-elle vraiment été désirée par sa mère ? On peut légitimement se poser la question lorsqu’on découvre les situations plus périlleuses les unes que les autres dans lesquelles elle s’est retrouvée à cause de Norma-Liz. Était-elle réellement inconsciente des conséquences de ses actes ou y avait-il autre chose derrière tout cela ?
Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est toute cette question autour de la manipulation et de l’emprise psychologique. Missy est une femme qui n’a finalement cherché, toute sa vie, qu’à attirer l’attention de sa mère, à se sentir aimée et reconnue. Elle a sans cesse l’impression de devoir faire ses preuves pour mériter une place auprès d’elle.
En tant que maman, je me suis demandé tout au long du roman comment une mère pouvait faire endurer une telle vie à son enfant. Nous sommes supposées être là pour eux, les guider, les protéger et les encourager dans les voies qu’ils choisissent de suivre. Tout le contraire de Norma-Liz, dont l’ego surdimensionné ne supporte pas que quelqu’un d’autre qu’elle soit dans la lumière.
Et c’est justement là que prend tout son sens cette fameuse « place du chat ». Celle où l’on peut se lover, où l’on se sent bien, aimé et en sécurité. Tout ce que Missy semble avoir cherché durant toute sa vie au sein de ce foyer profondément dysfonctionnel.
J’ai également beaucoup aimé la construction du récit. Les rencontres entre Rose et Missy permettent de dévoiler progressivement le passé de cette dernière, tout en maintenant une part de mystère. Car peut-on réellement croire tout ce que Missy raconte ? Rose se posera souvent la question et moi aussi.
L’alternance entre passé et présent rythme agréablement la lecture et permet de découvrir petit à petit les différentes facettes de cette relation particulièrement complexe.
J’ai beaucoup apprécié partir à la découverte de cette étrange histoire, bien lovée dans ma « place du chat ».