Lu en : Septembre 2026
Un avis de Nath !

Après avoir beaucoup aimé Les Saules, j’ai eu envie de retrouver la plume de Mathilde Beaussault, afin de voir si La Colline réussirait à m’emmener haut…
Lorsqu’un bébé est découvert dans une poubelle, encore vivant, c’est l’émoi dans le quartier. Comment peut-on faire une chose pareille ? Ça n’a de sens pour personne… pour personne, et encore moins pour Monroe, sa mère…
Et l’autrice de rembobiner le fil des événements, au gré des différentes voix de ce roman choral, pour nous présenter Monroe.
Monroe, avant le drame, vivait chez sa grand-mère sur la colline. Entourée de l’amour un peu rude de sa grand-mère, une vieille dame aux dons indéniables de guérisseuse qu’elle a fini par accepter, Monroe vit au rythme de la nature, tandis qu’en son ventre grandit un enfant.
Ces scènes offrent un contraste saisissant avec le présent de Monroe. Sa mère Anna n’a de mère que le nom et Monroe et son bébé en paient le prix fort.
De Monroe, l’autrice ne nous offre que les silences. Des silences loin d’être spectaculaires mais qui suffisent pourtant à nous attacher profondément à elle. Et à ses silences meurtris s’opposent les silences coupables de ceux qui ne disent pas, ne voient pas ou préfèrent simplement ne pas voir.
Ces trois générations de femmes, Madeleine, Anna et Monroe, portent le lourd poids d’un héritage où l’amour n’a jamais été une évidence. Et là où Anna se montre une digne héritière de cette lignée, Madeleine, qui pourtant doute encore d’en être elle-même capable, apprend à Monroe ce qu’aimer et protéger veut dire.
À chaque violence, l’autrice choisit d’opposer un pendant lumineux : la ville et son drame contre la nature et sa douceur.
Et lorsque ce bébé sans identité est retrouvé au fond d’une poubelle, autour du drame, l’autrice tisse une toile de solidarité et de bienveillance portée par Édouard, Jacques, Guilaine, les soignants, les pompiers… Des personnages ordinaires qui opposent à la brutalité quelque chose de très simple : de l’humanité.
Dans La Colline, presque chaque force négative finit donc par rencontrer son contrepoids : À l’abandon répond la solidarité. À Anna répond Madeleine. À ceux qui ferment les yeux répond Samantha, cette insupportable petite teigne mêle-tout au cœur grand comme l’océan qui, armée d’un culot et d’une curiosité sans limites, s’obstine à trouver des réponses. Au bébé jeté comme un déchet répond toute une chaîne d’humains qui vont tout faire pour le sauver.
Ce n’est donc pas seulement un roman sur des gens qui souffrent. C’est aussi, et peut-être surtout, un roman sur ceux qui sauvent. Ce qui fait que je m’interroge vraiment sur une classification de ce livre en collection noire. Non qu’il me faille davantage de drames, loin de là ! Monroe a eu son lot. Mais la lumière que l’autrice oppose constamment à cette noirceur en fait finalement un récit profondément tourné vers la vie, là où, dans le noir, j’aurais tendance à attendre quelque chose de plus inconfortable. Mais ceci n’est pas un reproche, simplement un constat que, peut-être, trop de gens passent à côté de cette histoire qui, à mon sens, a bien davantage à offrir que la noirceur promise par l’étiquette qu’on lui colle.
D’autant que l’autrice a une plume extrêmement poétique où chaque mot porte l’empathie que l’on ressent pour les personnages ; mieux encore, aucune violence n’est crûment déballée. Mathilde Beaussault écrit tout en retenue, tout en suggestion, avec une forme de bienveillance presque constante. Même lorsqu’elle raconte l’ignoble, son regard reste tendre. Elle protège en quelque sorte son récit de la noirceur absolue.
Certes, j’ai aimé ce texte, j’ai aimé Monroe, mais connaissant mon penchant pour le noir absolu, j’aurais, une fois de plus, aimé que l’autrice me laisse un peu moins de lumière à laquelle me raccrocher.