« Spectres » – Thomas Gunzig

Lu en : Octobre 2026

Un avis de Nath !

Je suis curieuse, c’est un fait. Et influençable, c’est un fait aussi… Alors, quand ma curiosité me pousse à me pencher sur le titre d’un auteur belge dont j’apprécie les chroniques radio piquantes et sensées et qu’en plus, Thibault (lebelgequilit) s’en mêle, je suis foutue…

Pourtant, Spectres m’intimidait un peu… et pour cause ! Il y est question de sciences, plus particulièrement de physique quantique, et même si je ne doute pas que ça fasse toujours bien, dans un cocktail, d’y aller de son opinion sur la théorie de la gravité quantique à boucles, pour ma part, je n’y entends rien… Mon cerveau a toujours fait un blocage sur la physique, c’est d’ailleurs la seule matière dans laquelle je ne dois ma réussite… qu’à la triche ! (Pardon, Monsieur Depauw…) Et puis, de toute façon, je ne suis jamais invitée au moindre cocktail, alors…

Mais revenons-en à Spectres : le roman s’ouvre sur une disparition des plus inquiétantes, à savoir celle de Lou, cinq ans, sur RockSolid1, base d’extraction de carbotitanium située dans le plan dimensionnel secondaire.

Rien ne vous paraît clair ? Jusque-là, tout est normal ! C’était pareil pour moi ! Le plus simple fut donc de me laisser prendre par la main par l’auteur, afin de comprendre tout ce qui a conduit à cet instant…

Et pour y arriver, il faut faire la connaissance de Léa, la mère de Lou, membre de l’équipe de recherche sur la base et surtout, responsable de la découverte scientifique qui les y a menés.

Et si Spectres semble, d’un premier abord, parler de sciences, sachez pourtant que Spectres parle surtout d’humanité.

Léa est brillante, et ses découvertes sont nées d’une insatiable curiosité et d’un irrépressible besoin de comprendre… Le problème, c’est qu’à côté des scientifiques se tiennent souvent des financiers, et là où la science explore, les financiers exploitent… Cette approche nous ramène à une vision assez juste d’un capitalisme prédateur dont nous faisons tous les jours les frais. L’enjeu de la découverte du plan dimensionnel secondaire est donc revu et corrigé par des humains avides de profit qui cachent leurs motivations derrière un besoin urgent de sauver cette planète futuriste et essoufflée que nous décrit très justement Thomas Gunzig.

Bien que l’on parle d’un futur plus ou moins proche, il n’est pourtant pas bien difficile de s’y projeter, et ce n’est pas l’été que l’on vient de vivre qui va nous contredire. Ceux qui me connaissent savent à quel point l’inaction climatique me rend un brin hystérique, rapport à ma profession, et j’aime donc voir le sujet traité intelligemment dans mes lectures…

Malgré de tristes constats, le roman n’est pas dépourvu de lumière. Certes, Thomas Gunzig met en avant nos travers d’humains, et notamment cette idée stupide que nous nous faisons d’être indispensables à un univers qui peut parfaitement se passer de nous. Mais derrière cette vision peu flatteuse de notre espèce, il nous rappelle aussi quelque chose d’essentiel : la vie vaut davantage que toutes nos ambitions.

En posant des mots parfois très poétiques, le roman confronte sans cesse les raisonnements scientifiques, les décisions rationnelles et les attachements affectifs.

Et là-dedans, l’auteur n’oublie pas de nous parler de mémoire, de solitude, de traumatismes d’enfance, de deuil…

Si j’ai parfois été totalement déroutée par les manières assez brusques de changer de point de vue d’une partie à l’autre, j’admets pourtant que je suis restée tout du long curieuse du sort de Lou.

La partie la plus indigeste pour moi concerne le cheminement qui a conduit Léa au plan dimensionnel secondaire, et j’avoue avoir été par moments un peu découragée de ne pas tout comprendre (voire même rien du tout…) mais de l’aveu même de l’auteur (ce que je peux maintenant confirmer) : ce n’est pas grave ! Les plus férus seront passionnés, les plus perdus (dont je fus) auront au moins le sentiment que, même s’ils n’ont rien compris, l’auteur, lui, sait parfaitement de quoi il parle.

Ceux qui connaissent un peu l’auteur ne seront pas surpris par ce qu’il cherche à démontrer. Quant à ceux qui connaissent un peu les humains, ils auront bien du mal à lui donner tort !

Mais finalement, quoi qu’il advienne, une chose est sûre : sur Terre, la vie persiste, évolue et se réinvente… avec ou sans nous, la Terre s’en sortira…

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