« Spectres » – Thomas Gunzig

Un avis de Dominique

« Ce que l’on voyait du Plan dimensionnel secondaire, c’était un paysage. Un paysage étrange et calme. Un ciel d’un noir parfait, immaculé, sans étoiles ni corps célestes. Le sol semblait constitué de structures rectangulaires s’accumulant les unes sur les autres comme l’auraient fait des feuilles mortes en automne. Jusqu’à l’horizon, ou ce qui faisait office d’horizon, il n’y avait rien d’autre qu’un relief légèrement vallonné évoquant la houle sur un océan calme. »
Lorsqu’une physicienne découvre l’accès à une dimension parallèle, il faut peu de temps au capitalisme pour s’en emparer. On y construit des bases. On fore. On détruit. L’objectif ? Exploiter ce qui fut pendant longtemps le plus grand mystère de l’être humain.

Nous sommes dans un futur proche. En dépit des alarmes, évidemment, les humains ont continué à polluer la Terre, le réchauffement climatique s’est aggravé. Les conditions de vie se sont encore bien détériorées, la biodiversité, n’en parlons pas. L’été que nous venons de vivre a l’air carrément sympathique, en comparaison.

Léa est une scientifique dans l’âme. Elle est une brillante physicienne. Pas très académique, pas vraiment une étudiante appliquée, mais un esprit brillant qui pense en dehors du cadre. Encore étudiante, elle découvre qu’il existe une autre réalité, une autre dimension, le Plan Dimensionnel Secondaire. Les scientifiques sont des gens curieux, avides de découvertes et d’explorations. Elle n’aura donc qu’une envie, se rendre en cet endroit. Évidemment, pour que ces recherches puissent aboutir, il faut des financements. Un milliardaire va s’intéresser à l’affaire. Qu’est-ce qui pourrait tourner mal, vraiment, compte-tenu de la nature humaine, notre nature d’espèce animale atrocement invasive et destructrice?

J’aime beaucoup la plume de Thomas Gunzig. Son style, son humour, son esprit affuté et son humanité qui transperce dès qu’on l’entend ou qu’on le lit. Pourtant, j’avoue que j’étais dubitative à l’idée de me confronter à des notions de physique quantique et que « gravitation quantique à boucle », ça ne me parle pas du tout. Mais alors, vraiment pas.

Il y a donc des passages auxquels je n’ai rien compris. Mais au fond, ce n’est vraiment pas grave. Parce que l’auteur nous parle de l’humain, tel qu’il est et a toujours été. Son avidité, son pouvoir destructeur, sa solitude, sa curiosité, ses interrogations sur la vie et la mort, l’amour et l’amour parental, l’importance de notre passé et de ce que nous ont légué les personnes qui nous ont précédé sur cette Terre. Cette Terre qui était si belle et si riche de tant d’espèces et que nous avons tellement endommagée. Cette Terre qui nous survivra et se rebâtira d’une manière ou d’une autre.

Sous le déguisement d’un divertissement, science-fiction post-apocalyptique, se posent des questions plus existentielles. Pour peu que l’on accepte quelques raccourcis destinés à fluidifier l’intrigue, il en résulte une très jolie histoire, SF, fantastique, thriller tout à la fois, remplie de poésie, un page turner (accrochez-vous aux passages plus « quantiques », la suite en vaut la peine) qui m’a fait passer de forts bons moments de lecture.

L’avis de Nath

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