« La Dame en Noir » – Susan Hill

Un « Avic » de Vic!

Période d’Halloween oblige, j’avais envie de frissonner un peu (mais juste un peu, pas question de frôler la crise cardiaque !). Les romans d’horreur ne sont généralement pas ma tasse de thé, mais lorsqu’il s’agit d’une maison hantée ou d’une bonne histoire de fantômes, ma curiosité l’emporte bien souvent sur ma raison.

Une fois n’est pas coutume, j’ai découvert La Dame en Noir à travers son adaptation au cinéma sortie en 2012, avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal. Un de ses premiers rôles après avoir incarné un célèbre sorcier à lunettes, reconnaissable à sa petite cicatrice sur le front…

Susan Hill est une autrice britannique que j’affectionne tout particulièrement. Elle a écrit plusieurs romans fantastiques et gothiques que j’ai beaucoup appréciés, mais également une série policière intitulée « Les enquêtes de Simon Serrailler », que j’ai commencée récemment.

Mais revenons à nos moutons !

Nous sommes au début du XXe siècle. L’histoire est celle de Arthur Kipps, un jeune clerc de notaire qui revient, à travers un témoignage écrit, sur une série d’événements aussi étranges qu’effrayants, qui ont irrémédiablement bouleversé le cours de son existence.

Tout commence lorsque son patron lui confie une mission : se rendre dans un petit village isolé du nord-est de l’Angleterre afin de régler la succession d’Alice Drablow, une vieille dame qui vivait recluse dans une demeure perdue au milieu des marais.

L’accueil des villageois est pour le moins mitigé. Lorsqu’ils apprennent la véritable raison de la présence d’Arthur, leur attitude devient encore plus étrange. Le jeune homme comprend rapidement qu’on lui cache quelque chose et que personne ne souhaite voir ressurgir certaines blessures ni rouvrir un passé que tous préfèrent garder soigneusement enfoui.

Très vite, il remarque une présence particulièrement troublante : une femme entièrement vêtue de noir, au visage maladif et à l’apparence fantomatique. Il l’aperçoit une première fois lors des funérailles de Mme Drablow, puis une seconde fois dans le vieux cimetière situé sur les terres d’Eel Marsh House, la demeure de la défunte.

Les phénomènes étranges ne tardent pas à se multiplier, aussi bien dans la vieille maison que dans ses environs. Arthur entend notamment des pleurs d’enfants et les hennissements stridents d’un poney, dont les échos se perdent dans le brouillard épais des marais.

Il finira par apprendre que le neveu de Mme Drablow, qu’elle avait recueilli après qu’il eut été retiré à sa mère, s’est noyé, aspiré par des sables mouvants, plusieurs années auparavant. Le corps de l’enfant n’a jamais été retrouvé.

Tous ces événements mettent les nerfs et la santé mentale d’Arthur à rude épreuve. Il lui tarde de s’acquitter de sa tâche et de quitter ces terres maudites, hantées par cette dame en noir dont l’aura incarne le mal absolu.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est la manière dont l’histoire nous est racontée. Nous découvrons les événements à travers le témoignage rétrospectif d’Arthur Kipps, qui espère soulager sa mémoire et apaiser les tourments qui le hantent en partageant sur le papier l’horreur qu’il a vécue dans ce petit village. Il y a donc peu de dialogues, ce qui renforce cette impression de confidence et nous plonge davantage dans les souvenirs du personnage.

Le roman offre également un aperçu de la société britannique du début du XXe siècle, de ses conventions, de ses règles de bienséance et de ses croyances populaires. Il aborde notamment la condition féminine et la place particulièrement difficile réservée aux femmes ayant eu un enfant hors mariage, condamnées par une société empressée de juger et de rejeter celles qui ne respectaient pas ses normes.

La Dame en Noir, c’est aussi une histoire de vengeance. Une vengeance qui, dans les présentes circonstances, se poursuit bien au-delà de la mort. Je n’en dévoilerai pas davantage pour de ne pas gâcher la découverte. Mais c’est assez troublant de constater que l’on pourrait éprouver une certaine compassion pour la Dame en noir, une fois son histoire révélée. Comme quoi, même les fantômes les plus effrayants peuvent cacher une histoire profondément tragique.

J’ai également beaucoup apprécié le charme désuet de l’écriture de Susan Hill. Même si le roman a été publié en 1983, son style possède quelque chose d’intemporel. Cela fait du bien, de temps à autre, de remonter le cours du temps et de se laisser porter par une plume qui prend son temps. Je précise que j’ai lu le roman en anglais.

Enfin, comme je le disais au début de cet « avic », bien que La Dame en noir soit classé parmi les romans d’horreur, il n’a rien d’insoutenable. Pas de scènes particulièrement sanglantes ni d’horreur gratuite. Ce qui fait toute la force du roman, c’est surtout son atmosphère lugubre, oppressante et mystérieuse. Cette sensation de malaise qui s’installe progressivement, le brouillard omniprésent, l’isolement de la demeure et cette impression persistante qu’une présence invisible rôde dans les environs…

En somme, une histoire de fantômes comme je les aime : mystérieuse, mélancolique et suffisamment effrayante pour me faire regarder deux fois derrière moi avant d’éteindre la lumière.

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