« La mort en miroir » – Pétronille Rostagnat

Lu en : Mai 2026

Un avis de Nath !

L’an dernier, je me souviens avoir comparé Sur leurs traces à un roman de Harlan Coben. Cette année, Pétronille Rostagnat récidive en reprenant quelques ficelles chères à l’auteur américain. Un événement en apparence anodin suffit à faire voler en éclats une vie parfaitement ordonnée. En revanche, là où Coben privilégie l’action et les rebondissements, Pétronille Rostagnat opte pour une approche plus introspective, centrée sur les conséquences psychologiques.

Lorsque son mari, Bertrand, est victime d’un accident de voiture et qu’il se réveille amnésique, la vie de Lucie bascule. Ses ambitions n’ont jamais été plus importantes que devenir une mère au foyer et vivre confortablement grâce à la situation de son brillant mari. Cocktails, vacances, maison digne d’un catalogue de décoration et jolie famille unie : elle n’en demandait pas plus à la vie. Alors, évidemment, cette amnésie tombe mal, et plus encore les quelques détails dissonants qui entourent l’accident de son mari. Impossible de lui poser frontalement des questions, puisque sa mémoire est en vrac.

Dès lors, Lucie décide qu’il vaut peut-être mieux ne pas trop creuser. Et l’on constate que, plutôt que de prendre le risque de tout perdre, Lucie préfère se contenter d’un équilibre artificiel. Bertrand doit avoir sa vérité, une vérité qui remettrait probablement en cause cet équilibre, mais pour l’instant, elle lui est tout simplement inaccessible.

Mais un jour, sur la table d’autopsie de Bertrand, qui est médecin légiste, se trouve un homme qui lui ressemble trait pour trait ! Lui qui ne sait déjà même plus qui il est, la découverte de ce double a de quoi le perturber ! L’amnésie a ceci de particulier qu’elle suspend momentanément toute responsabilité. Difficile de se sentir coupable d’actes dont on ne garde aucun souvenir… Mais si ce passé recèle justement des choses que l’on aurait préféré oublier, retrouver la mémoire devient soudain bien moins souhaitable. (Oui, c’est tordu, évidement : pour vouloir oublier quelque chose, encore faut-il s’en souvenir… Bref, vous voyez l’idée !)

Je pense que la principale erreur serait d’aborder ce thriller comme une énigme complexe à élucider, car les lecteurs auront vite la puce à l’oreille et les indices ne sont pas forcément cachés.

L’autrice a davantage misé sur toute la complexité des réactions de Lucie et Bertrand face à des événements qui viennent dangereusement menacer un équilibre si parfait. Et pour sauvegarder une apparente harmonie, ils devront faire des choix moraux qui constituent, à mon sens, la pierre angulaire de ce roman.

Les surprises ne viennent pas forcément des réponses, mais plutôt de ce que les protagonistes choisiront d’en faire, et c’est ce qui rend le roman intéressant. Nous-mêmes, que ferions-nous de ces vérités ? Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Jusqu’où sommes-nous prêts à nous voiler la face pour préserver notre famille ? Autant de questions auxquelles l’autrice soumet ses héros et qui font de La Mort en miroir un bon thriller psychologique, dont la force réside dans la manière dont elle décortique les choix de ses personnages.

Cependant, de mon côté, j’aurais apprécié un peu plus de subtilité dans le développement de l’intrigue principale et dans sa résolution. Cela ne m’a pas empêchée de passer un bon moment, mais j’ai parfois eu le sentiment que certaines révélations étaient amenées de manière un peu trop évidente.

22 réflexions sur “« La mort en miroir » – Pétronille Rostagnat

  1. Merci pour ce retour Nath. Je fais une aparté, qui n’a rien à voir avec Pétronille Rostagnat, je parle vraiment « en général ». Comme tu le sais, ces derniers temps, j’ai un peu de mal avec les thrillers. Depuis plusieurs mois, j’essaie de mettre le doigt sur le « pourquoi » et je pense que c’est dû à cette tendance manifeste, depuis quelques années, des autrices et auteurs à vouloir complexifier le genre, le rendre hyper sérieux et très sombre, avec, au final, des dénouements qui font flop car on a tout deviné avant. Quand je choisis de lire du thriller, c’est vraiment pour me divertir, sans attentes particulières, et quand ça devient trop sérieux, trop réel, ça me fatigue. Bizarrement, ceux qui me procurent le plus de plaisir de lecture, sont les thrillers plus « légers », moins « parfaits » en apparence, mais qui sont plutôt efficaces sur moi. Alors j’en ai conclu que ce que j’aime en fait, ce sont les romans à suspense plus que les thrillers (il y a une légère nuance). 😂 C’était la minute « 3615 my life ».

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    1. Je comprends totalement ce que tu expliques ! Personnellement, je vis un peu l’effet inverse : les polars classiques ne me plaisent plus autant, j’ai besoin d’un fond de société, ou de vraies complexités de personnages.
      De mon côté, j’ai parfois l’impression que certains auteurs aiment accumuler les twists et ça, j’avoue que ça m’exaspère… avec l’âge, nos goûts changent… l’important c’est de trouver l’évasion qu’on cherche dans nos romans et cette diversité-là, c’est ce qui m’encourage à dire quand même quand je n’ai pas aimé un roman ou un aspect d’un roman, parce que ce qui coince chez moi pourrait parfaitement plaire à d’autres lecteurs, alors ça me semble important de le dire aussi…
      Et pour pousser la réflexion, après avoir presque exclusivement lu du francophone pendant la dernière décennie, je reviens beaucoup aux étrangers en ce moment !

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  2. J’ai découvert l’autrice avec ce roman qui ne m’a pas vraiment plu. J’ai détesté Lucie et la fin ouverte ne m’a pas satisfaite. Je me suis trainée pour le lire jusqu’au bout, mais les grosses ficelles étaient là. Je pense que je vais m’arrêter là pour cette autrice.

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