« La petite bibliothèque de l’espoir » – Kate Thompson

Un « Avic » de Vic !

Comme indiqué dans mon retour de lecture précédent sur « Purgatoire des innocents » de Karien Giebel, j’avais bien besoin d’un livre plus léger, plus lumineux si je puis m’exprimer ainsi. Et j’ai donc jeté mon dévolu sur « la petite bibliothèque de l’espoir » de Kate Thompson.

Pourquoi ce choix me direz-vous. Nous sommes assez éloignés de mes lectures habituelles. Eh bien, je pense que c’est justement pour cela que ce livre m’a fait de l’œil.

Tout d’abord, parce que l’histoire se déroule à Londres, une ville que j’adore et qui m’est particulièrement chère. Je m’y sens, à chaque fois que j’ai la chance de m’y rendre, un peu comme à la maison. Ensuite, parce que l’histoire se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment du Blitz, une période de l’Histoire qui m’intéresse tout particulièrement. Et enfin, parce que ce roman est inspiré d’une histoire vraie dont j’ignorais totalement l’existence.

La petite bibliothèque de l’espoir, c’est l’histoire de Clara Button, une jeune bibliothécaire spécialisée dans la littérature jeunesse qui décide, avec son amie Ruby, d’ouvrir une petite bibliothèque au cœur de la station de métro de Bethnal Green. Comme de nombreuses stations londoniennes, celle-ci a été transformée en abri anti-aérien. Chaque nuit, la station devient un véritable refuge pour des centaines de personnes venues y chercher un peu de sécurité et de réconfort entre deux bombardements.

Clara et Ruby ont alors une idée toute simple : offrir à ces hommes, ces femmes et ces enfants quelques instants d’évasion grâce à la lecture. Elles récupèrent et sauvent les livres de la bibliothèque principale, en partie détruite par les bombardements, et installent leur petite bibliothèque dans la station.

Un club de lecture voit bientôt le jour et, chaque soir, Clara fait la lecture aux enfants. Dans cet endroit où la réalité de la guerre est omniprésente, les livres permettent de voyager ailleurs, de rêver, de rire, de frissonner, bref, de redevenir simplement un enfant pendant quelques instants.

Mais, avec le temps, la petite bibliothèque devient bien plus qu’un endroit où l’on vient emprunter des livres. Elle devient le cœur vivant de la station. Clara et Ruby ne sont plus seulement bibliothécaires : elles deviennent tour à tour confidentes, oreilles attentives, aides improvisées, parfois même assistantes sociales. On peut venir y boire une tasse de thé, partager un verre de gin après une journée éprouvante, discuter, se réchauffer ou simplement trouver un peu de calme.

J’ai vraiment beaucoup aimé les personnages de Clara et Ruby, deux femmes à la personnalité bien trempée qui ne se laissent pas marcher sur les pieds dans une société dans laquelle la place des femmes est encore souvent réduite à celle d’épouse et de mère, chargée de préparer les repas, de s’occuper des enfants et de tenir la maison. Une société où il n’est pas considéré comme très souhaitable de mettre certains livres entre les mains des femmes, notamment ces romans « légers » qui pourraient, leur donner des idées et altérer leur jugement.

Clara et Ruby revendiquent farouchement leur conviction que la lecture n’est absolument pas un luxe mais que dans un contexte aussi terrible que celui de la guerre, elle devient presque une nécessité.

Car évidemment, tout n’est pas rose dans cette histoire. Et les horreurs de la guerre ont tôt fait de rappeler à chacun la réalité dans laquelle ils vivent. Londres est bombardée, des familles sont séparées, des vies sont brisées et certains personnages doivent faire face à des pertes terribles.

J’ai également beaucoup aimé la place accordée à l’après-guerre. Une fois les bombardements terminés, que fait-on de sa vie ? Peut-on simplement reprendre celle que l’on avait laissée cinq ans auparavant ? Évidemment que non. Et la question se pose également pour Clara et Ruby : que vont-elles devenir lorsque la petite bibliothèque devra fermer ses portes ? Après avoir trouvé une telle utilité pendant ces années de guerre, comment retrouver sa place dans un monde qui tente de redevenir « normal » ?

J’ai aussi beaucoup apprécié l’entraide qui unit les différents personnages. Dans un monde de plus en plus individualiste, il est assez triste de constater qu’il faut de telles catastrophes pour que l’être humain se rappelle qu’il a besoin des autres. Dans cette station de métro, chacun apporte ce qu’il peut. Un peu de temps, un repas, une conversation, un livre, une tasse de thé… Et ces petits gestes prennent une importance immense dans un quotidien où tout peut basculer en quelques secondes.

Cette histoire est évidemment un peu romancée (mais pas trop, car Dieu sait que je déteste la romance !). l’idylle naissante entre Clara et Billy, un ambulancier, est amenée de manière très naturelle et surtout, elle ne prend jamais le pas sur l’essentiel de l’histoire.

Enfin, ce que j’ai également apprécié dans ce livre, ce sont les témoignages de bibliothécaires placés au début de chaque chapitre. Ceux-ci ont été recueillis par l’autrice et ont pour objet de partager leur vision du métier et du rôle d’une bibliothèque. Certaines de ces citations sont particulièrement belles et résonnent parfaitement avec ce que raconte le roman. Une bibliothèque est bien plus qu’un endroit où l’on range des livres sur des rayonnages. C’est un lieu où l’on peut s’évader. Un refuge. Un endroit où l’on peut voyager sans bouger de son fauteuil, découvrir d’autres vies et, pendant quelques heures, mettre entre parenthèses la sienne.

Bref, une très jolie lecture, qui m’aura fait beaucoup de bien au moral. Ce n’est peut-être pas le genre de roman vers lequel je me tourne habituellement, mais il m’a rappelé pourquoi j’aime autant les livres : parce qu’ils nous permettent de nous évader, de mettre notre quotidien entre parenthèses et de voyager ailleurs, même lorsque la réalité qui nous entoure est un peu plus difficile.

Une lecture qui ne changera pas ma pile à lire, mais qui, le temps de quelques centaines de pages, m’aura offert exactement ce dont j’avais besoin.

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