Lu en : Octobre 2026
Un avis de Nath !

La vie peut parfois basculer très vite ! Pour Cécile Varennes, autrice à succès, c’est un accident de voiture qui en a fait la personne qu’elle est aujourd’hui : elle a non seulement perdu la garde de sa fille, mais aussi son autonomie et sa capacité d’écrire. Angoissée rien qu’à l’idée de monter dans une voiture, souffrant toujours de graves douleurs, Cécile doit affronter un nouveau coup du sort lorsque son père est retrouvé carbonisé dans sa voiture.
De retour dans sa maison d’enfance, Cécile découvre une vieille valise remplie de coupures de journaux : la nationale 7 semble jonchée de morts ou de disparus ! Et s’ils étaient tous liés ?
En mal de bonnes idées pour son prochain roman, Cécile se jette à corps perdu dans cette enquête que son père avait commencée… mais parcourir la nationale pour s’imprégner des lieux et mener son enquête nécessite forcément de prendre la route, ce dont Cécile se sait incapable. Elle requiert alors l’aide d’un journaliste dont elle a fait la connaissance lors du décès de son père. Ancien reporter de guerre, Tristan et son objectif ont cette perception unique de la fragilité des choses et une capacité à capturer ce qui pulse encore derrière les silences…
Ils embarquent donc dans la vieille Saab du photographe pour un périple sur les traces du passé.
Au travers du voyage de Cécile et Tristan, entrecoupé d’entretiens dont on ignore l’exacte teneur, le lecteur s’attarde sur les traumatismes et leurs répercussions : l’accident dont elle a été victime pèse encore lourdement sur la vie de Cécile. Mais le décès de son père ouvre une nouvelle faille pour l’autrice qui, en poursuivant cette quête, cherche avant tout à faire son deuil et à revisiter sa propre histoire familiale, marquée par la tragédie.
Qui était ce père, ancien VRP, fou de chagrin d’avoir perdu son épouse et son fils et incapable de montrer ses sentiments à sa fille autrement qu’en la poussant à écrire ?
Quels sont les secrets que cachent ces morceaux d’histoires personnelles éparpillés sur la nationale 7 et dont Cécile a l’intuition qu’ils sont tous liés ?
Comment peut-on se reconstruire sur les cendres d’un traumatisme ?
Autant de questions que Cécile, Tristan et le lecteur vont sans cesse se poser. Déformée par le prisme du ressenti de Cécile, l’image qui se construit est floue et, page après page, mes certitudes changeaient de camp.
Et au-delà de cette volonté de comprendre, j’ai beaucoup aimé le parcours de Cécile en tant qu’autrice. Les mots qui ne viennent plus, c’est pour Cécile un drame de plus tant l’écriture a toujours tenu un rôle essentiel dans sa vie. Ce regard, humain et profond, nul doute qu’il soit, en partie au moins, soufflé par l’âme de Sophie Loubière elle-même, à tel point que je me suis parfois demandé quelle part de Sophie se cachait en Cécile… Cette mise en abyme de la création littéraire crée un vertige passionnant, surtout pour tous ceux qui s’intéressent aux mécanismes qui guident les pensées des écrivains. Un thème cher à Stephen King que Sophie Loubière exploite ici à sa sauce, avec la sensibilité qu’on lui connaît !
Sur les accidents de la vie, Cécile et Tristan portent un regard chargé de leur propre histoire, et, dans l’habitacle de la Saab, ce sont les non-dits qui font le plus de bruit. Pourtant, malgré tout ce qu’ils ne se disent pas, Cécile et Tristan traversent ce périple ensemble, décortiquant chaque fait divers recensé par Paul Varennes, bien décidés à faire la lumière sur ces événements disparates. Derrière les apparences se cache sûrement une autre vérité que celle qui saute aux yeux, le tout est de comprendre laquelle.
En lecture commune pour ce voyage, Aude (ladyl_ivre) et moi n’avons cessé de cogiter, d’étirer chaque indice pour trouver notre vérité. Mais certaines pièces nous ont résisté jusqu’à la fin !
Je salue le talent de Sophie Loubière à nous ferrer dès les premières pages sans utiliser de twists à outrance ni abuser de scènes d’action explosives. Du début à la fin, la force tranquille de son écriture toujours juste et puissante nous pousse dans le dos en nous rappelant de ne négliger aucun détail et d’être attentifs à chacun des mots qu’elle a posés avec un soin particulier.
Si l’on exclut l’épilogue qui a réveillé mes instincts de râleuse chronique, j’ai passé un excellent moment sur la mythique nationale, à bord d’une Saab sans âge et auprès de personnages cabossés par la vie et ses accidents, travaillés avec beaucoup de finesse par une autrice qui, à chaque récit, sait comment distiller son encre pour qu’elle s’adresse directement à mon cœur de lectrice !