« Cabale » – Sandrine Goeyvaerts

Lu en : Octobre 2026

Un avis de Nath !

Voilà quelques mois que cette couverture un brin flashy m’interpelle. Un seul frein : lorsque mes amies en parlaient comme d’un roman féministe, ça m’inquiétait un peu. Mais ma curiosité a fini par l’emporter, comme souvent !

D’emblée, le ton est donné : un groupe de nanas qui traîne un sérieux paquet de casseroles a décidé de guérir le mal par le mal. Le mal que les hommes font continuellement aux femmes, qu’il s’agisse de harcèlement physique ou moral, voire de violence, et pour chaque niveau de gravité, Cabale, du nom de leur groupe, apportera une réponse appropriée.

Et voilà la police avec le meurtre d’une célébrité sur les bras, et Alice, en charge de l’enquête, se retrouve bien en peine lorsqu’il s’agit de faire entendre sa voix à ses collègues et supérieurs masculins.

Ce livre m’a, dans un premier temps, un peu agacée. À trop vouloir en faire, j’ai eu l’impression d’une critique acerbe à charge qui creusait un fossé entre « les féministes » et « les autres ». Certaines répliques d’Alice m’ont donné l’impression de tenir à distance les femmes qui ne se reconnaissent pas dans ce discours, alors que, de mon côté, j’ai toujours eu la sensation que le plus gros frein à la cause féminine est justement l’absence de sororité. Certaines prises de position m’ont fait tiquer, comme si reconnaître que nous n’avons pas toutes les mêmes difficultés ni les mêmes limites revenait à desservir la cause. Quoi, faut être Wonder Woman pour se sentir féministe ?

Ajoutons à cela que j’ai, au départ, peiné à clairement différencier les membres de l’équipe de Cabale, qui ont toutes des surnoms improbables (Ataraxie, Protocole, Thémis, Rigor et Exorde). Donc, même s’il est évident que je trouvais assez jouissives les punitions infligées, fussent-elles mortelles, quelque chose dans l’approche globale me freinait. Et pourtant, j’admets cependant que j’avais très rapidement eu envie de savoir où l’autrice comptait nous emmener.

D’ailleurs, plus j’avançais et plus j’ai eu l’impression que les émotions reprenaient leur juste place et que l’autrice sortait enfin du pamphlet féministe pour laisser toute leur place aux drames. Et là, si certains pourraient crier à la surenchère, je peux, d’expérience, vous certifier qu’être une femme fera de vous, systématiquement, à un moment de votre vie, une statistique. Dans le meilleur des cas, une femme de plus verbalement prise à partie dans la rue. Avec moins de chance, vous vous retrouverez dans plusieurs cases. Ce n’est pas de la fiction. C’est la vie. Et c’est encore la vie d’une femme en 2026.

J’ai échoué dans trop de cases, vécu trop de drames pour oser prétendre que ce livre a tort. Et, à 10 ans comme à 30, j’aurais aimé avoir Cabale pour me rendre justice, mais surtout me protéger. Vivre en longeant les murs et en ayant peur de son ombre, ce n’est pas vraiment vivre. On s’adapte, on avance, mais on n’affronte pas toujours tout. Certaines choses, on les enterre, comme si ne pas les nommer pouvait suffire à les faire disparaître. Je me suis reconnue dans certaines réactions des personnages, et les mots de l’autrice se sont alors frayés un chemin direct vers mon cœur, jusque dans ce que je pensais avoir suffisamment bien enfoui.

Avec une écriture un brin impertinente, Sandrine Goeyvaerts a réussi à dépasser mes réticences initiales pour me ferrer. Une petite mise en garde, cependant : vu le nombre de passages où les héroïnes passent à table, prévoyez d’avoir mangé, sans quoi vous serez soudainement pris d’une envie de vous jeter sur une assiette de pâtes ou une pizza ! Et pour certains, dont je ne suis pas, d’accompagner le tout d’un bon pinard. On sent la caviste derrière la plume !

Cabale, c’est une fiction qui raconte comment un groupe de femmes a pris la décision de rendre la justice à la place de la justice. La loi du talion a de quoi séduire, mais est-ce bien ça, la vraie justice ? Confrontée à cette question, Alice, notre héroïne flic, a sa réponse. Je vous laisse le plaisir de la découvrir !

Finalement, plus le livre avançait, plus j’avais envie de croire en l’existence réelle de Cabale. Bien sûr que la loi du talion, c’est mal. Mais alors, à quand de vraies solutions efficaces ?

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