Un avis de Dominique

Cabale est une société secrète composée de femmes qui ont décidé de punir les hommes coupables de violences sexistes. Lorsqu’un chanteur célèbre est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel, Alice, l’une des enquêtrices, comprend qu’il ne s’agit pas d’un acte isolé. Alors que les crimes de Cabale se multiplient et que l’étau se resserre, ses propres convictions sont ébranlées.
Le thème des femmes qui s’organisent pour se venger des violences sexistes et sexuelles commence à être traité dans quelques romans. Je suis toujours, a priori, tiraillée entre ma conviction viscérale que la vengeance n’est pas la justice et le constat amer que la justice, telle qu’elle est pour le moment encore, échoue totalement à protéger les femmes et les enfants et même à reconnaître leur souffrance. Mes exigences éthiques face à ma colère. J’ai donc abordé ce roman avec une légère réticence.
Ceci dit, j’ai découvert une intrigue plutôt jouissive, avec des héroïnes badass, qui ont un passé compliqué, mais ne sont pas réduites à leur statut de victimes, ont du ressort et sont bien décidées à changer les règles du jeu. Malgré leurs traumatismes. Par tous les moyens. Et ce n’est pas étonnant, parce qu’il faut reconnaître qu’en tant que femme, nous sommes agressées quasi chaque jour. Micro-agressions ou crimes, toutes les femmes ont des dizaines de faits à raconter. TOUTES.
Mais l’autrice met aussi en scène un personnage très intéressant, une femme, une flic, qui a intériorisé la misogynie de notre société, en est plutôt complice parce qu’elle la trouve quasiment normale. Comme, hélas, bien trop de femmes. Jusqu’au moment où la vie lui ouvrira les yeux.
Dans un style percutant, Sandrine Goeyvaerts nous livre un premier roman tout à fait pertinent sur un problème de société, un thriller féministe, avec des personnages bien campés et attachants, une intrigue solide, un page turner implacable (je l’ai lu en une journée), un hymne au pouvoir de la sororité. Les mecs, faites gaffe, ça pourrait donner des très bonnes idées à quelques-unes. Surtout à une époque où les droits des femmes, qui n’étaient encore que très partiellement conquis, régressent à une vitesse affolante. Il est plus que temps de s’unir, il est plus que temps de se défendre.
J’aurais juste aimé que la fin soit un tantinet plus développée, parce que l’idée qui la sous-tend est brillante, j’aurais apprécié qu’elle soit un peu moins précipitée. Mais ce n’est qu’une critique mineure.
Bref, un premier roman que j’ai beaucoup aimé, une autrice qu’il faudra suivre ; un tel premier ouvrage, c’est vraiment prometteur.