« Une main vers le Ciel » – Jean-Christophe Boccou

Lu en : Septembre 2026

Un avis de Nath !

Avril 1975. Les Khmers  rouges, communistes cambodgiens, prennent Phnom Penh en promettant la libération du peuple cambodgien. Mais, visiblement, cette « libération » passera par la terreur, la déportation, le travail forcé et les massacres…

Avril 1975, c’est aussi le point de départ d’Une main vers le ciel et de l’histoire de Khieu Saran, 17 ans. Dès leur première rencontre, le camarade Vorn prend Khieu en grippe, allant jusqu’à le surnommer « l’anomalie » à cause de ses yeux vairons. À la merci de Vorn, Khieu vit l’enfer et se transforme en marionnette du pouvoir de Pol Pot.

Je vous invite à relire la chronique de Dominique pour une explication plus complète de cette période terrible de l’histoire dont, sans l’auteur, je n’aurais jamais entendu parler ! Il faut dire que je suis loin d’être calée en histoire, aussi j’apprécie tout particulièrement quand mes lectures en profitent pour éveiller ma culture !

Pour revenir à l’histoire, la première partie du récit nous présente donc le calvaire de milliers de Cambodgiens au travers du cauchemar de Khieu.

Quelques décennies plus tard, nous retrouvons Khieu, devenu juge d’instruction, qui tente par tous les moyens légaux de faire condamner de hauts dignitaires khmers rouges, mais se heurte aux rouages d’une machine judiciaire frileuse à condamner.

Alors, lorsqu’un mafieux le remet sur la trace de Vorn en exigeant de contourner la voie légale pour l’approcher, Khieu va devoir choisir entre ses principes et son envie de vengeance.

Pour aider Khieu dans sa mission, Sokha servira de bras armé. Et c’est d’autant plus déroutant pour Khieu que Sokha est sa fille adoptive, avec laquelle il était brouillé depuis longtemps.

Comme je le disais, j’aime que le roman noir serve de vecteur de mémoire (ou d’apprentissage, dans mon cas !), parce que l’intérêt du livre dépasse son histoire individuelle et nous ramène à une tragédie collective. Dans la première partie, Khieu incarne cette frontière infime entre victime et bourreau, lui que Vorn transforme en instrument de sa propre cruauté. La seconde met cette fois Khieu à cheval entre justice et vengeance, et le lecteur se demande de quel côté il sombrera. Deux parties très différentes, mais qui m’ont autant intéressée l’une que l’autre, la première pour cette plongée dans les cicatrices d’un peuple et la seconde pour les questions éthiques qu’elle pose et auxquelles je n’ai assurément pas de réponse valable… Quant à savoir comment renaître des cendres d’un tel enfer, j’espère ne jamais avoir à me poser la question.

D’ailleurs, pour l’éviter, peut-être ces avertissements littéraires devraient-ils être mieux écoutés. Car à bien y regarder, la tyrannie prend diverses formes, se justifie toujours plus sournoisement et notre époque me semble particulièrement propice à la distillation de cet insidieux venin que d’aucuns ne voient pas pour ce qu’il est.

J’aime que le divertissement éveille. Et j’ai souffert avec Khieu, qui n’aura jamais vraiment échappé à l’enfer qui fut le sien. Puissions-nous arrêter la machine de l’Histoire avant d’en écrire un nouveau chapitre honteux…

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