« Le Manufacturier » – Mattias Köping

Lu en : Août 2019

le manufacturier

J’ai tenu à écrire cette chronique à chaud, alors que je referme ce livre.

Sonnée. Dégoûtée. Révoltée. Fascinée. Bluffée. Largement secouée. Voilà la diversité de l’état dans lequel je me trouve actuellement.

Certes, j’avais lu de nombreuses chroniques qui laissaient présager un tsunami littéraire, une bombe horrible qu’on ne pouvait s’empêcher d’aimer, autant de sentiments contradictoires qui faisaient presque passer les lecteurs pour des schizophrènes…

Pour avoir goûté aux méthodes de Mattias Köping, je ne peux que confirmer l’effet à la fois dévastateur et envoûtant de ce livre. Donc, navrée, mais je n’apporterai pas d’éclairage neuf dans cette chronique, parce que je suis bouleversée au-delà des mots. La violence est omniprésente dans ce livre, dans la limite du supportable. Oui, c’est une fiction. Mais ce qui la rend intolérable, c’est que l’auteur s’est appuyé sur des faits historiques pour créer ses monstres fictionnels.

Milovan, Croate, a perdu sa famille dans d’atroces circonstances lors du conflit en Ex-Yougoslavie. Miraculeusement rescapé, ses nuits sont à jamais hantées par le souvenir des horreurs infligées sous ses yeux à sa famille, ainsi que par ce que lui-même a subi, tous victimes d’un groupuscule extrémiste serbe. Pour retrouver son bourreau, il fait appel à une association qui traque les criminels de guerre pour les traduire en justice. Cela pendant qu’au Havre, les équipes de police sont sur les dents, prêtes à démanteler un important réseau de drogue et de prostitution. Tandis que dans les profondeurs du Dark Web, un tortionnaire qui se fait appeler « Le Manufacturier » fait fortune en diffusant les films de ses crimes, jamais à court d’imagination pour torturer ses victimes qu’il choisit très variées.

Ce qui lie ces trois affaires ? Vous le découvrirez bien assez tôt (même trop tôt, pour moi, seul bémol à apporter à ma lecture) et vous serez contraints d’assister, impuissants, face à de tels monstres sociopathes, a une violence crue, rude, débitée froidement et brutalement.

Impossible de rester insensible, et finalement honteux d’avoir pu apprécier !

J’avoue avec humilité que je n’étais pas beaucoup renseignée sur le conflit yougoslave, j’ai donc cherché à en savoir plus. Mais plus que tout fait historique, ce qui m’anéantit le plus, c’est la cruauté sans failles dont est capable de faire preuve l’Homme, la pire créature que la terre ait jamais portée. La seule créature qui tue par plaisir et non par besoin, et qui, lorsqu’on pense avoir atteint les limites de l’impensable, est capable d’en repousser la frontière.

Pour des considérations plus « techniques », nous sommes ici en présence d’un thriller sans temps morts, absolument haletant et percutant à souhait. La seule chose qui manque à ce roman est l’espoir, élément totalement superflu dans ces lignes. (Et à la limite, il aurait été encore plus cruel d’en distiller !)

Alors comment exprimer que j’ai pu adorer détester cette lecture ? Comment vous convaincre de lire ce livre alors que je l’ai trouvé atroce et révoltant, d’une violence indicible et intolérable ? C’est toute la perplexité qui est, je pense, le dénominateur commun à toutes les critiques que j’ai pu lire jusqu’ici. Car toutes vous enjoindront, si tant est que vous ayez le cœur suffisamment accroché, à lire ces lignes jusqu’au bout, pour à la fois mesurer le talent de l’auteur et la noirceur du monde.

28 réflexions sur “« Le Manufacturier » – Mattias Köping

  1. Tu sais que je lis énormément de romans noirs. Mais dans mes lectures, il me faut un brin de lumière, même ténu. C’est indispensable pour que j’apprécie un livre.
    Donc je continue à bloquer sur celui-ci malgré les nombreux avis élogieux.

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Salon Iris Noir Bruxelles 1 & 2 novembre 2019 – Mes Lectures du Dimanche

  3. Ping : « Régression » – Fabrice Papillon – Mes Lectures du Dimanche

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s